Le dernier manifeste de Négawatt, « Réussir la transition énergétique » (Actes Sud), ainsi que tous ses rapports précédents et ceux d’autres courants écologistes, pointe du doigt le consommateur, irrépressible gaspilleur, en état permanent d’ébriété (sic) énergétique. On se trompe de combat. Faut-il d’abord rappeler, que plus de 1,4 milliard d’êtres humains sont scandaleusement privés de l’accès à l’électricité ? Et que la priorité des priorités est qu’ils puissent, eux, consommer. Que même dans les pays occidentaux, des millions de foyers survivent en précarité énergétique, c’est-à-dire en état de précarité tout court. Le reproche du gaspillage et l’exigence de réduction de la consommation (de 40 % !) s’adresseraient donc aux classes moyennes que nous sommes. Qui n’en peuvent pourtant mais. Prenons la journée type d’une famille moyenne, les Martin. 7 heures, le réveil sonne et tout le monde se lève. On allume la machine à café (objet du ressentiment des technocrates de Bruxelles, n’ont-ils rien d’autre à faire ?) et le grille-pain. Mr. Martin prend une douche (qui a le temps de prendre un bain ?) : faudrait-il qu’il ne se lave qu’un jour sur deux ? Puis tout le monde s’en va. Les Martin bénéficient d’une innovation technologique presque centenaire : le thermostat. Pendant la journée, le chauffage de leur logement (dans immeuble construit il y a 20 ans et dont ils sont locataires) tombera autour de 17 degrés. Mr Martin est obligé de prendre sa voiture car il ne bénéficie pas de transports en commun dignes de ce nom, Mme Martin monte dans un bus qui fait beaucoup de fumée noire et le fils enfourche son scooter qui consomme peu mais est très dangereux. Tout ce petit monde arrive ensuite dans l’univers de l’entreprise ou de l’administration, où le citoyen doit laisser la place au subordonné. Celui qui décide des consommations s’appelle le responsable des moyens généraux ou le chef de l’immobilier. Il sait lire des factures et fait ce qu’il peut, au gré des toujours plus maigres allocations budgétaires, pour remplacer les installations vétustes. Retour au bercail : on allume quelques ampoules, la machine à laver (faudrait-il porter ses vêtements sales ?), la cuisinière (faudrait-il mieux manger froid ?), puis la télévision (beaucoup d’écrans plats consomment plus que les anciens postes cathodiques, mais les Martin n’y sont pour rien). Dodo et le chauffage se remet automatiquement en position heures creuses. Les millions de Martin, à qui on a déjà inculqué les réflexes anti-gaspi lors des chocs pétroliers des années 70 (nos mères nous ont toutes appris à « éteindre la lumière quand on sort de la pièce »), n’ont plus aucune marge de manœuvre pour changer le monde par la consommation. A moins de valoriser la non-activité (chômage, maladie, retraite, vieillesse diminuent effectivement les consommation) ?
Non, les consommateurs, dont le pouvoir d’achat ne cesse d’être comprimé, ne sont pas la bonne cible. Arrêtons de les pénaliser et de les culpabiliser, sous prétexte de vouloir les éduquer. Mais n’attendons pas que le réchauffement climatique diminue les besoins de chauffage (notre hiver, anormalement doux jusqu’ici n’est-il pas une bénédiction pour la planète ?). Les solutions se trouvent en amont du côté de la production et des industriels : à eux de faire preuve d’efficacité énergétique, depuis les sources d’énergie jusqu’aux appareils terminaux en passant par les réseaux de distribution.
Ne dispersons pas les maigres forces des tenants sincères d’un développement soutenable dans des batailles de second ordre. Le développement durable est un problème d’offre, pas de demande. Si l’industrie fabrique, sciemment ou par inefficacité, du poison pour la société, il faut l’interdire. Faisons de la politique.
Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas, c’est parce qu’on n’ose pas que les choses sont difficiles – Sénèque
Responsabilité d'entreprise et éthique sont-elles solubles dans la mondialisation ?
Aux Editions de l'Aube
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30 janvier 2012
17 novembre 2011
Le mythe de l'économie de fonctionnalité
L’économie de fonctionnalité propose de vendre l’usage d’un bien plutôt que de vendre le bien lui-même. C’est une belle idée. Mais quel peut être son potentiel ? Il faut partir de l’enjeu à la source : à quelle problématique veut répondre l’économie de fonctionnalité ? De mon point de vue, ce ne peut pas être à la contrainte environnementale, et particulièrement la contrainte carbone (cf. post infra « La contrainte carbone va sauter ») : elle ne peut tenir devant 9 milliards d’habitants, 10 % de croissance annuelle en Chine et en Asie, des besoins immenses à satisfaire au Sud. Il faudra aussi s’habituer à vivre avec une gestion des déchets de plus en plus lourde, donc chère. Car imaginer un recyclage complet dans une approche Cradle-to-cradle consisterait à doubler les circuits de distribution des produits via des circuits remontants et de dé-fabrication, ce qui engendrerait un énorme surcoût, difficilement supportable par les acteurs de la chaîne.
L’enjeu central à adresser reste donc celui du renchérissement des matières premières compte tenu de leur pénurie à venir. Dans un scénario business-as-usual, il aura pour effet le durcissement du clivage entre les riches et les pauvres. Ces derniers n’auront plus les moyens d’accéder à la propriété, de renouveler leurs équipements usagés, ni même de les faire entretenir (exemple du coût exorbitant et sans cesse croissant des pièces détachées des automobiles). La pénurie va affecter gravement en premier les pauvres des pays riches, puisque la majorité du volume des matières premières se trouvant dans les pays émergents (en Asie notamment), elles seront employées demain pour satisfaire en priorité leurs (immenses) besoins internes, avant leurs exportations. Un changement du système capitaliste (basé sur la croissance des volumes de biens produits) vers l’économie de fonctionnalité ne peut se produire que si les producteurs veulent continuer à adresser les marchés des pauvres et des classes populaires occidentales. Or, ceci n’a rien d’évident. On voit mal coexister deux systèmes, l’un, actuel, à base de production intensive, de qualité médiocre et d’obsolescence programmée (prioritairement destiné aux marchés du Sud), et l’autre, plus complexe, articulé autour de chaînes location - maintenance - reprise - réutilisation.
Sauf à cantonner le second système à quelques besoins très spécifiques. En tout état de cause, les univers de biens de consommation durables concernés par l’économie de fonctionnalité ne sont pas très nombreux. Il y en a principalement trois, par ordre d’importance économique décroissant : le logement, l’automobile, les équipements ménagers blancs et bruns (je ne vois pas beaucoup de potentiel dans le mobilier, les vêtements ou les objets personnels). S’agissant du logement, le système capitaliste pousse à l’achat (Sarkozy veut « une France de propriétaires »), bien que cela constitue un frein à la mobilité du travail. L’achat immobilier est perçu comme une sécurité, un placement financier (plus ou moins pertinent selon les bulles et les marchés locaux), et la constitution d’un patrimoine à transmettre. Si l’on voulait lutter contre la propriété privée, il faudrait complètement réformer la loi sur l’héritage, en le taxant fortement (en France, 95 % des successions échappent à l’impôt). Mais en tout état de cause, quelle que soit la formule promue (achat ou location), on ne répond pas ici là a question de la pénurie à venir des matières premières, car il faut bien construire des logements pour tous et, de plus, le granulat pour béton ne figure pas parmi les matériaux les plus rares.
S’agissant de la mobilité, par contre, il n’est pas impossible que, dans quelques années, des services de location de voitures très souples arrivent à séduire une part non négligeable des nouvelles générations urbaines. D’ores et déjà, grâce au Vélib’, aux taxis (service à améliorer grandement) et aux transports collectifs (à améliorer également), un certain nombre de parisiens et de banlieusards (et autres habitants de grosses métropoles) ne possède ni voitures ni vélos. Mais le compte d’exploitation de l’expérience Autolib’ sera à suivre avec attention…
S’agissant des équipements ménagers, les progrès seront limités (le lave-vaisselle et le frigidaire resteront individuels et achetés, pourvu que leur fiabilité ne diminue pas), mais on peut penser qu’un jour, les constructeurs de résidences prévoiront des machines à laver le linge collectives dans les sous-sols, comme cela se fait déjà dans beaucoup de pays anglo-saxons ou nordiques. De même, des fournisseurs de gaz fourniront aussi en même temps la location de la chaudière individuelle. A contrario, la décentralisation des moyens de production d’énergie (photovoltaïque, éolien, biomasse, …), souhaitée par les écolos, va à l’encontre des économies de matières premières et d’un service centralisé de fourniture-location d’énergie.
Enfin, peut-être que certaines TV ou équipements électroniques seront également loués.
Mais pour le consommateur, l’arbitrage restera d’ordre économique : tant que l’achat de biens matériels, fabriqués à bas coût (par des salariés de l’Est à 100 euros par mois), même renouvelés fréquemment (car de médiocre qualité), sera plus avantageux que le paiement de services (déplacements, installation, dépannage, remplacement, …) effectué par du personnel local, payé 1500 euros, l’économie de fonctionnalité restera marginale. La propriété privée, ancrée dans les gènes de nos sociétés depuis des millénaires, l’individualisme et le consumérisme, aboutissement de la modernité, sont trop forts. Et les milliards d’habitants des pays émergents aspirent à ce modèle plus que tout.
Mais pour revenir à notre objectif initial (faire face à l’épuisement des ressources), il conviendrait plutôt de s’interroger sur les composants des objets de consommation de demain et leur assemblage. Lorsque le fer et le plastique (90 % de la composition, en masse, des objets qui nous entourent) seront devenus des matériaux de luxe, il faudra bien revenir aux objets en bois, matière renouvelable …tant que l’on plantera des arbres.
L’enjeu central à adresser reste donc celui du renchérissement des matières premières compte tenu de leur pénurie à venir. Dans un scénario business-as-usual, il aura pour effet le durcissement du clivage entre les riches et les pauvres. Ces derniers n’auront plus les moyens d’accéder à la propriété, de renouveler leurs équipements usagés, ni même de les faire entretenir (exemple du coût exorbitant et sans cesse croissant des pièces détachées des automobiles). La pénurie va affecter gravement en premier les pauvres des pays riches, puisque la majorité du volume des matières premières se trouvant dans les pays émergents (en Asie notamment), elles seront employées demain pour satisfaire en priorité leurs (immenses) besoins internes, avant leurs exportations. Un changement du système capitaliste (basé sur la croissance des volumes de biens produits) vers l’économie de fonctionnalité ne peut se produire que si les producteurs veulent continuer à adresser les marchés des pauvres et des classes populaires occidentales. Or, ceci n’a rien d’évident. On voit mal coexister deux systèmes, l’un, actuel, à base de production intensive, de qualité médiocre et d’obsolescence programmée (prioritairement destiné aux marchés du Sud), et l’autre, plus complexe, articulé autour de chaînes location - maintenance - reprise - réutilisation.
Sauf à cantonner le second système à quelques besoins très spécifiques. En tout état de cause, les univers de biens de consommation durables concernés par l’économie de fonctionnalité ne sont pas très nombreux. Il y en a principalement trois, par ordre d’importance économique décroissant : le logement, l’automobile, les équipements ménagers blancs et bruns (je ne vois pas beaucoup de potentiel dans le mobilier, les vêtements ou les objets personnels). S’agissant du logement, le système capitaliste pousse à l’achat (Sarkozy veut « une France de propriétaires »), bien que cela constitue un frein à la mobilité du travail. L’achat immobilier est perçu comme une sécurité, un placement financier (plus ou moins pertinent selon les bulles et les marchés locaux), et la constitution d’un patrimoine à transmettre. Si l’on voulait lutter contre la propriété privée, il faudrait complètement réformer la loi sur l’héritage, en le taxant fortement (en France, 95 % des successions échappent à l’impôt). Mais en tout état de cause, quelle que soit la formule promue (achat ou location), on ne répond pas ici là a question de la pénurie à venir des matières premières, car il faut bien construire des logements pour tous et, de plus, le granulat pour béton ne figure pas parmi les matériaux les plus rares.
S’agissant de la mobilité, par contre, il n’est pas impossible que, dans quelques années, des services de location de voitures très souples arrivent à séduire une part non négligeable des nouvelles générations urbaines. D’ores et déjà, grâce au Vélib’, aux taxis (service à améliorer grandement) et aux transports collectifs (à améliorer également), un certain nombre de parisiens et de banlieusards (et autres habitants de grosses métropoles) ne possède ni voitures ni vélos. Mais le compte d’exploitation de l’expérience Autolib’ sera à suivre avec attention…
S’agissant des équipements ménagers, les progrès seront limités (le lave-vaisselle et le frigidaire resteront individuels et achetés, pourvu que leur fiabilité ne diminue pas), mais on peut penser qu’un jour, les constructeurs de résidences prévoiront des machines à laver le linge collectives dans les sous-sols, comme cela se fait déjà dans beaucoup de pays anglo-saxons ou nordiques. De même, des fournisseurs de gaz fourniront aussi en même temps la location de la chaudière individuelle. A contrario, la décentralisation des moyens de production d’énergie (photovoltaïque, éolien, biomasse, …), souhaitée par les écolos, va à l’encontre des économies de matières premières et d’un service centralisé de fourniture-location d’énergie.
Enfin, peut-être que certaines TV ou équipements électroniques seront également loués.
Mais pour le consommateur, l’arbitrage restera d’ordre économique : tant que l’achat de biens matériels, fabriqués à bas coût (par des salariés de l’Est à 100 euros par mois), même renouvelés fréquemment (car de médiocre qualité), sera plus avantageux que le paiement de services (déplacements, installation, dépannage, remplacement, …) effectué par du personnel local, payé 1500 euros, l’économie de fonctionnalité restera marginale. La propriété privée, ancrée dans les gènes de nos sociétés depuis des millénaires, l’individualisme et le consumérisme, aboutissement de la modernité, sont trop forts. Et les milliards d’habitants des pays émergents aspirent à ce modèle plus que tout.
Mais pour revenir à notre objectif initial (faire face à l’épuisement des ressources), il conviendrait plutôt de s’interroger sur les composants des objets de consommation de demain et leur assemblage. Lorsque le fer et le plastique (90 % de la composition, en masse, des objets qui nous entourent) seront devenus des matériaux de luxe, il faudra bien revenir aux objets en bois, matière renouvelable …tant que l’on plantera des arbres.
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20 octobre 2011
La contrainte carbone va sauter
L’équation énergétique mondiale n’a pas de solutions. Car les contraintes sont trop nombreuses, trop fortes et antagonistes. Leur ordre d’importance décroissante est le suivant.
Un, la sécurité énergétique des pays avec ses enjeux géopolitiques porteurs de conflits internationaux (la plupart des guerres actuelles ont l’énergie pour une de leurs causes principales). Deux, l’explosion de la demande, via la démographie des pays en développement, l’élévation du niveau de vie des pays émergents (2 milliards d’être humains n’ont pas encore accès à l’électricité), le boom des transports (marchandises et personnes) sous l’effet de la mondialisation (la consommation mondiale d’énergie va doubler avant 2050). Trois, l’épuisement progressif et rapide des ressources fossiles conventionnelles. Quatre, les limites physiques et techniques des énergies intermittentes (vent, soleil). D’autant que le rythme et l’intensité de la recherche et de l’innovation en technologies des énergies renouvelables sont totalement insuffisants (le budget R&D sur l’énergie dans les pays membres de l’AIE n’a crû que de 10 % entre 1980 et 2009, et 50 % de l’effort a été consacré au nucléaire et aux énergies fossiles) et le restera longtemps compte tenu des impasses budgétaires structurelles. Cinq, l’explosion à venir du prix du nucléaire par l’intégration du coût de sa sécurité (effet Fukushima), qui devra aussi comporter le coût des démantèlements des vieilles centrales (vraisemblablement proche du millier de milliards de dollars pour un pays comme la France) et celui du traitement des déchets. Six, les impacts environnementaux locaux de l’exploitation des ressources fossiles non conventionnelles (sables bitumineux, gaz de schiste, pétrole sous-marin profond). Enfin, sept, la fameuse contrainte carbone, relative au réchauffement climatique anthropique global et ses conséquences.
Devant un tel niveau de complexité, il n’y a pas de solutions humainement acceptables. On ira donc naturellement vers la moins pire, en faisant sauter la contrainte la moins dure. Pour la grande majorité des populations, il ne peut s’agir que de la contrainte carbone. Car c’est une limite qui apparaît floue et abstraite aux yeux du grand public. Les calculs et prévisions des scientifiques sont naturellement entachés d’incertitudes (la science climatique est jeune et manque de cerveaux). Par ailleurs, dans certaines régions du monde, il se pourrait que les impacts soient même bénéfiques. Mais surtout, la contrainte carbone porte sur des échéances lointaines et l’homme a une préférence naturelle pour le présent. La somme des difficultés à surmonter pour vivre et survivre dans le monde d’aujourd’hui est écrasante par rapport aux moyens qui seraient nécessaires de mobiliser pour l’hypothétique bien-être de générations qui n’existent pas encore. Le changement climatique va causer essentiellement une aggravation des conditions de vie des pays du Sud. Aujourd’hui même, dans ces pays, un milliard d’êtres humains meurent de faim et de soif et on peut dire, sans insulter le travail de quelques ONG de solidarité internationales,… que tout le monde s’en fout. Comment les décideurs, qui vivent au Nord ou dans les pays du BRIC, pourraient prioriser les conditions de vie de demain alors que celles d’aujourd’hui sont délaissées ? Il faut donc s’attendre à une extinction des spéculations intellectuelles sur le carbone, que la crise économique mondiale a d’ailleurs déjà bien entamée.
Quelques réunions de spécialistes entre Durban et Rio et l’agitation du microcosme de ceux qui vivent du carbone (consultants, chercheurs, militants environnementalistes) n’empêcheront pas les énergies fossiles de toutes sortes d’être brûlées, jusqu’au dernier atome de carbone, pour répondre à la demande irréfragable des êtres humains (bouger, consommer, être actifs, vivre). Et après (avant la fin de ce siècle) ? Personne ne sait si l’on trouvera de nouvelles sources d’énergie (venues du fond des océans ?). Ou si les habitants du Nord vivront, au pire, comme vivent aujourd’hui ceux du Sud, au mieux, comme vivaient nos aïeux avant la révolution industrielle. Malgré les chevaux et les calèches dans Paris, malgré les feux dans les cheminées, malgré le travail manuel dans les champs et les bateaux à voile…n’ont-ils pas vécu ?
Un, la sécurité énergétique des pays avec ses enjeux géopolitiques porteurs de conflits internationaux (la plupart des guerres actuelles ont l’énergie pour une de leurs causes principales). Deux, l’explosion de la demande, via la démographie des pays en développement, l’élévation du niveau de vie des pays émergents (2 milliards d’être humains n’ont pas encore accès à l’électricité), le boom des transports (marchandises et personnes) sous l’effet de la mondialisation (la consommation mondiale d’énergie va doubler avant 2050). Trois, l’épuisement progressif et rapide des ressources fossiles conventionnelles. Quatre, les limites physiques et techniques des énergies intermittentes (vent, soleil). D’autant que le rythme et l’intensité de la recherche et de l’innovation en technologies des énergies renouvelables sont totalement insuffisants (le budget R&D sur l’énergie dans les pays membres de l’AIE n’a crû que de 10 % entre 1980 et 2009, et 50 % de l’effort a été consacré au nucléaire et aux énergies fossiles) et le restera longtemps compte tenu des impasses budgétaires structurelles. Cinq, l’explosion à venir du prix du nucléaire par l’intégration du coût de sa sécurité (effet Fukushima), qui devra aussi comporter le coût des démantèlements des vieilles centrales (vraisemblablement proche du millier de milliards de dollars pour un pays comme la France) et celui du traitement des déchets. Six, les impacts environnementaux locaux de l’exploitation des ressources fossiles non conventionnelles (sables bitumineux, gaz de schiste, pétrole sous-marin profond). Enfin, sept, la fameuse contrainte carbone, relative au réchauffement climatique anthropique global et ses conséquences.
Devant un tel niveau de complexité, il n’y a pas de solutions humainement acceptables. On ira donc naturellement vers la moins pire, en faisant sauter la contrainte la moins dure. Pour la grande majorité des populations, il ne peut s’agir que de la contrainte carbone. Car c’est une limite qui apparaît floue et abstraite aux yeux du grand public. Les calculs et prévisions des scientifiques sont naturellement entachés d’incertitudes (la science climatique est jeune et manque de cerveaux). Par ailleurs, dans certaines régions du monde, il se pourrait que les impacts soient même bénéfiques. Mais surtout, la contrainte carbone porte sur des échéances lointaines et l’homme a une préférence naturelle pour le présent. La somme des difficultés à surmonter pour vivre et survivre dans le monde d’aujourd’hui est écrasante par rapport aux moyens qui seraient nécessaires de mobiliser pour l’hypothétique bien-être de générations qui n’existent pas encore. Le changement climatique va causer essentiellement une aggravation des conditions de vie des pays du Sud. Aujourd’hui même, dans ces pays, un milliard d’êtres humains meurent de faim et de soif et on peut dire, sans insulter le travail de quelques ONG de solidarité internationales,… que tout le monde s’en fout. Comment les décideurs, qui vivent au Nord ou dans les pays du BRIC, pourraient prioriser les conditions de vie de demain alors que celles d’aujourd’hui sont délaissées ? Il faut donc s’attendre à une extinction des spéculations intellectuelles sur le carbone, que la crise économique mondiale a d’ailleurs déjà bien entamée.
Quelques réunions de spécialistes entre Durban et Rio et l’agitation du microcosme de ceux qui vivent du carbone (consultants, chercheurs, militants environnementalistes) n’empêcheront pas les énergies fossiles de toutes sortes d’être brûlées, jusqu’au dernier atome de carbone, pour répondre à la demande irréfragable des êtres humains (bouger, consommer, être actifs, vivre). Et après (avant la fin de ce siècle) ? Personne ne sait si l’on trouvera de nouvelles sources d’énergie (venues du fond des océans ?). Ou si les habitants du Nord vivront, au pire, comme vivent aujourd’hui ceux du Sud, au mieux, comme vivaient nos aïeux avant la révolution industrielle. Malgré les chevaux et les calèches dans Paris, malgré les feux dans les cheminées, malgré le travail manuel dans les champs et les bateaux à voile…n’ont-ils pas vécu ?
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19 octobre 2011
L'étiquetage environnemental, une belle diversion
La diversion consiste à attirer l’attention et faire dériver les actions vers un sujet moins prioritaire que d’autres, voire accessoire. Il y a deux manières de faire diversion. De façon inconsciente, naïve et par incompétence : c’est sans doute le cas de certains gentils petits militants environnementalistes. Mais surtout, par cynisme et intérêt privé : ceux qui sont au sommet de la pyramide (grands industriels, banquiers, politiciens, hauts bureaucrates) veulent conserver et accroître leurs privilèges.
L’étiquetage environnemental est un petit exemple de diversion. Comment peut-on s’intéresser au nombre de grammes de CO2 émis par la fabrication d’un pot de yaourt ? Non seulement cette information n’a aucune signification ni pertinence, tant les méthodologies et les périmètres de calculs (transports, sous-traitants, matières premières, emballages, mix énergétiques,…) sont empreints d’approximations, d’erreurs et de choix arbitraires. Mais surtout, qu’attend-on du consommateur s’il prend le temps de lire cette information ? Qu’il change la politique énergétique de son pays (ou son absence…) ? Qu’il pousse à lui tout seul à plus de nucléaire ? Qu’il achète un autre yaourt plus cher mais qui émet de 2 grammes de moins ? Qu’il se prive de yaourt ? De qui se moque-t-on ?
Pendant ce temps-là, d’éminents médecins se font massacrer par d’iniques procès lorsqu’ils demandent aux industriels d’indiquer la quantité de sel qu’ils ont introduite dans leurs plats cuisinés. Pareil pour le sucre et les produits gras, où même une loupe de 3 cm d’épaisseur ne vous donnera pas l’information. Sans parler de l’aspartam, des PCB dans les beefsteaks, du bisphénol A dans les canettes de boisson, des pesticides dans les fruits ou des OGM dans les légumes. Nous ingurgitons, sans le savoir, des quantités phénoménales de poisons qui font exploser le nombre de cancers, de maladies cardio-vasculaires, les cas d’obésité et autres catastrophes sanitaires.
Cacher ce que les produits contiennent pour détourner l’attention vers le type d’énergie produite pour les fabriquer est criminel.
Faire de la politique, organiser la cité, vivre, c’est faire des choix de priorités.
En cette période d’impasse budgétaire où nous a plongés la folie de l’hyper-capitalisme financier, perdre du temps et de l’argent public sur des faux sujets est une marque de plus de l’irresponsabilité de ceux qui prétendent nous gouverner.
L’étiquetage environnemental est un petit exemple de diversion. Comment peut-on s’intéresser au nombre de grammes de CO2 émis par la fabrication d’un pot de yaourt ? Non seulement cette information n’a aucune signification ni pertinence, tant les méthodologies et les périmètres de calculs (transports, sous-traitants, matières premières, emballages, mix énergétiques,…) sont empreints d’approximations, d’erreurs et de choix arbitraires. Mais surtout, qu’attend-on du consommateur s’il prend le temps de lire cette information ? Qu’il change la politique énergétique de son pays (ou son absence…) ? Qu’il pousse à lui tout seul à plus de nucléaire ? Qu’il achète un autre yaourt plus cher mais qui émet de 2 grammes de moins ? Qu’il se prive de yaourt ? De qui se moque-t-on ?
Pendant ce temps-là, d’éminents médecins se font massacrer par d’iniques procès lorsqu’ils demandent aux industriels d’indiquer la quantité de sel qu’ils ont introduite dans leurs plats cuisinés. Pareil pour le sucre et les produits gras, où même une loupe de 3 cm d’épaisseur ne vous donnera pas l’information. Sans parler de l’aspartam, des PCB dans les beefsteaks, du bisphénol A dans les canettes de boisson, des pesticides dans les fruits ou des OGM dans les légumes. Nous ingurgitons, sans le savoir, des quantités phénoménales de poisons qui font exploser le nombre de cancers, de maladies cardio-vasculaires, les cas d’obésité et autres catastrophes sanitaires.
Cacher ce que les produits contiennent pour détourner l’attention vers le type d’énergie produite pour les fabriquer est criminel.
Faire de la politique, organiser la cité, vivre, c’est faire des choix de priorités.
En cette période d’impasse budgétaire où nous a plongés la folie de l’hyper-capitalisme financier, perdre du temps et de l’argent public sur des faux sujets est une marque de plus de l’irresponsabilité de ceux qui prétendent nous gouverner.
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