Responsabilité d'entreprise et éthique sont-elles solubles dans la mondialisation ?

Responsabilité d'entreprise et éthique sont-elles solubles dans la mondialisation ?
Aux Editions de l'Aube

31 janvier 2012

Parution de mon dernier essai : "Changer de monde. 130 solutions"

Mon dernier essai : "Changer de monde.130 solutions" vient de paraître chez Lignes de repères, en format ebook pour l'instant (pdf pour PC et ePub pour tablettes) sur la librairie électronique de i-kiosque.fr.

Bonne lecture !

30 janvier 2012

Le mythe de la surconsommation énergétique

Le dernier manifeste de Négawatt, « Réussir la transition énergétique » (Actes Sud), ainsi que tous ses rapports précédents et ceux d’autres courants écologistes, pointe du doigt le consommateur, irrépressible gaspilleur, en état permanent d’ébriété (sic) énergétique. On se trompe de combat. Faut-il d’abord rappeler, que plus de 1,4 milliard d’êtres humains sont scandaleusement privés de l’accès à l’électricité ? Et que la priorité des priorités est qu’ils puissent, eux, consommer. Que même dans les pays occidentaux, des millions de foyers survivent en précarité énergétique, c’est-à-dire en état de précarité tout court. Le reproche du gaspillage et l’exigence de réduction de la consommation (de 40 % !) s’adresseraient donc aux classes moyennes que nous sommes. Qui n’en peuvent pourtant mais. Prenons la journée type d’une famille moyenne, les Martin. 7 heures, le réveil sonne et tout le monde se lève. On allume la machine à café (objet du ressentiment des technocrates de Bruxelles, n’ont-ils rien d’autre à faire ?) et le grille-pain. Mr. Martin prend une douche (qui a le temps de prendre un bain ?) : faudrait-il qu’il ne se lave qu’un jour sur deux ? Puis tout le monde s’en va. Les Martin bénéficient d’une innovation technologique presque centenaire : le thermostat. Pendant la journée, le chauffage de leur logement (dans immeuble construit il y a 20 ans et dont ils sont locataires) tombera autour de 17 degrés. Mr Martin est obligé de prendre sa voiture car il ne bénéficie pas de transports en commun dignes de ce nom, Mme Martin monte dans un bus qui fait beaucoup de fumée noire et le fils enfourche son scooter qui consomme peu mais est très dangereux. Tout ce petit monde arrive ensuite dans l’univers de l’entreprise ou de l’administration, où le citoyen doit laisser la place au subordonné. Celui qui décide des consommations s’appelle le responsable des moyens généraux ou le chef de l’immobilier. Il sait lire des factures et fait ce qu’il peut, au gré des toujours plus maigres allocations budgétaires, pour remplacer les installations vétustes. Retour au bercail : on allume quelques ampoules, la machine à laver (faudrait-il porter ses vêtements sales ?), la cuisinière (faudrait-il mieux manger froid ?), puis la télévision (beaucoup d’écrans plats consomment plus que les anciens postes cathodiques, mais les Martin n’y sont pour rien). Dodo et le chauffage se remet automatiquement en position heures creuses. Les millions de Martin, à qui on a déjà inculqué les réflexes anti-gaspi lors des chocs pétroliers des années 70 (nos mères nous ont toutes appris à « éteindre la lumière quand on sort de la pièce »), n’ont plus aucune marge de manœuvre pour changer le monde par la consommation. A moins de valoriser la non-activité (chômage, maladie, retraite, vieillesse diminuent effectivement les consommation) ?

Non, les consommateurs, dont le pouvoir d’achat ne cesse d’être comprimé, ne sont pas la bonne cible. Arrêtons de les pénaliser et de les culpabiliser, sous prétexte de vouloir les éduquer. Mais n’attendons pas que le réchauffement climatique diminue les besoins de chauffage (notre hiver, anormalement doux jusqu’ici n’est-il pas une bénédiction pour la planète ?). Les solutions se trouvent en amont du côté de la production et des industriels : à eux de faire preuve d’efficacité énergétique, depuis les sources d’énergie jusqu’aux appareils terminaux en passant par les réseaux de distribution.

Ne dispersons pas les maigres forces des tenants sincères d’un développement soutenable dans des batailles de second ordre. Le développement durable est un problème d’offre, pas de demande. Si l’industrie fabrique, sciemment ou par inefficacité, du poison pour la société, il faut l’interdire. Faisons de la politique.

18 janvier 2012

Parution de mon dernier essai "Changer de monde. 130 solutions"

Mon quatrième essai, intitumé "Changer de monde. 130 solutions", édité par Lignes de repères, vient de paraître en format e-book (pour l'instant) : pdf pour vos PC et e-Pub pour vos tablettes.

Vous le trouverez par exemple chez librairie.i-kiosque.fr ou chez read-and-go.orange.fr.

Bonne lecture !

17 novembre 2011

Le mythe de l'économie de fonctionnalité

L’économie de fonctionnalité propose de vendre l’usage d’un bien plutôt que de vendre le bien lui-même. C’est une belle idée. Mais quel peut être son potentiel ? Il faut partir de l’enjeu à la source : à quelle problématique veut répondre l’économie de fonctionnalité ? De mon point de vue, ce ne peut pas être à la contrainte environnementale, et particulièrement la contrainte carbone (cf. post infra « La contrainte carbone va sauter ») : elle ne peut tenir devant 9 milliards d’habitants, 10 % de croissance annuelle en Chine et en Asie, des besoins immenses à satisfaire au Sud. Il faudra aussi s’habituer à vivre avec une gestion des déchets de plus en plus lourde, donc chère. Car imaginer un recyclage complet dans une approche Cradle-to-cradle consisterait à doubler les circuits de distribution des produits via des circuits remontants et de dé-fabrication, ce qui engendrerait un énorme surcoût, difficilement supportable par les acteurs de la chaîne.

L’enjeu central à adresser reste donc celui du renchérissement des matières premières compte tenu de leur pénurie à venir. Dans un scénario business-as-usual, il aura pour effet le durcissement du clivage entre les riches et les pauvres. Ces derniers n’auront plus les moyens d’accéder à la propriété, de renouveler leurs équipements usagés, ni même de les faire entretenir (exemple du coût exorbitant et sans cesse croissant des pièces détachées des automobiles). La pénurie va affecter gravement en premier les pauvres des pays riches, puisque la majorité du volume des matières premières se trouvant dans les pays émergents (en Asie notamment), elles seront employées demain pour satisfaire en priorité leurs (immenses) besoins internes, avant leurs exportations. Un changement du système capitaliste (basé sur la croissance des volumes de biens produits) vers l’économie de fonctionnalité ne peut se produire que si les producteurs veulent continuer à adresser les marchés des pauvres et des classes populaires occidentales. Or, ceci n’a rien d’évident. On voit mal coexister deux systèmes, l’un, actuel, à base de production intensive, de qualité médiocre et d’obsolescence programmée (prioritairement destiné aux marchés du Sud), et l’autre, plus complexe, articulé autour de chaînes location - maintenance - reprise - réutilisation.

Sauf à cantonner le second système à quelques besoins très spécifiques. En tout état de cause, les univers de biens de consommation durables concernés par l’économie de fonctionnalité ne sont pas très nombreux. Il y en a principalement trois, par ordre d’importance économique décroissant : le logement, l’automobile, les équipements ménagers blancs et bruns (je ne vois pas beaucoup de potentiel dans le mobilier, les vêtements ou les objets personnels). S’agissant du logement, le système capitaliste pousse à l’achat (Sarkozy veut « une France de propriétaires »), bien que cela constitue un frein à la mobilité du travail. L’achat immobilier est perçu comme une sécurité, un placement financier (plus ou moins pertinent selon les bulles et les marchés locaux), et la constitution d’un patrimoine à transmettre. Si l’on voulait lutter contre la propriété privée, il faudrait complètement réformer la loi sur l’héritage, en le taxant fortement (en France, 95 % des successions échappent à l’impôt). Mais en tout état de cause, quelle que soit la formule promue (achat ou location), on ne répond pas ici là a question de la pénurie à venir des matières premières, car il faut bien construire des logements pour tous et, de plus, le granulat pour béton ne figure pas parmi les matériaux les plus rares.

S’agissant de la mobilité, par contre, il n’est pas impossible que, dans quelques années, des services de location de voitures très souples arrivent à séduire une part non négligeable des nouvelles générations urbaines. D’ores et déjà, grâce au Vélib’, aux taxis (service à améliorer grandement) et aux transports collectifs (à améliorer également), un certain nombre de parisiens et de banlieusards (et autres habitants de grosses métropoles) ne possède ni voitures ni vélos. Mais le compte d’exploitation de l’expérience Autolib’ sera à suivre avec attention…

S’agissant des équipements ménagers, les progrès seront limités (le lave-vaisselle et le frigidaire resteront individuels et achetés, pourvu que leur fiabilité ne diminue pas), mais on peut penser qu’un jour, les constructeurs de résidences prévoiront des machines à laver le linge collectives dans les sous-sols, comme cela se fait déjà dans beaucoup de pays anglo-saxons ou nordiques. De même, des fournisseurs de gaz fourniront aussi en même temps la location de la chaudière individuelle. A contrario, la décentralisation des moyens de production d’énergie (photovoltaïque, éolien, biomasse, …), souhaitée par les écolos, va à l’encontre des économies de matières premières et d’un service centralisé de fourniture-location d’énergie.
Enfin, peut-être que certaines TV ou équipements électroniques seront également loués.

Mais pour le consommateur, l’arbitrage restera d’ordre économique : tant que l’achat de biens matériels, fabriqués à bas coût (par des salariés de l’Est à 100 euros par mois), même renouvelés fréquemment (car de médiocre qualité), sera plus avantageux que le paiement de services (déplacements, installation, dépannage, remplacement, …) effectué par du personnel local, payé 1500 euros, l’économie de fonctionnalité restera marginale. La propriété privée, ancrée dans les gènes de nos sociétés depuis des millénaires, l’individualisme et le consumérisme, aboutissement de la modernité, sont trop forts. Et les milliards d’habitants des pays émergents aspirent à ce modèle plus que tout.

Mais pour revenir à notre objectif initial (faire face à l’épuisement des ressources), il conviendrait plutôt de s’interroger sur les composants des objets de consommation de demain et leur assemblage. Lorsque le fer et le plastique (90 % de la composition, en masse, des objets qui nous entourent) seront devenus des matériaux de luxe, il faudra bien revenir aux objets en bois, matière renouvelable …tant que l’on plantera des arbres.

6 novembre 2011

Le génocide économique des citoyens grecs

Suite à la spéculation des multinationales bancaires, à l’incurie de leurs politiciens, à la corruption de leurs hauts-fonctionnaires, aux écritures frauduleuses de Goldman Sachs, à la cupidité des armateurs et de la hiérarchie religieuse, à la complicité et l’incompétence des technocrates européens, bref, aux crimes de tous ceux qui avaient du pouvoir,…le peuple grec se meurt.


La saignée qui lui est imposée par les porcs cupides responsables de son malheur ne laisse aucune échappatoire. Baisse drastique (plus de 30 % à ce jour) des salaires et des retraites. Baisse du salaire minimum à 600 euros et de l’allocation chômage à 400 euros. Arrêt du paiement d’un nombre sans cesse croissant de fonctionnaires. Fermeture d’organismes publics et parapublics et réductions massives d’effectifs dans les services publics (déjà 200 000 emplois à mi-2011). Privatisation de l’ensemble des biens publics. Paralysie des écoles publiques et des universités. Déremboursement des médicaments. Plus de compresses ni de coton dans les hôpitaux. Multiplicité des coupures de courant. Multiplication des taxes. Hausse des prix à 2 voire 3 chiffres (notamment ceux de l’énergie). Chute catastrophique de la consommation. Faillite de 30 % des commerces (déjà 120 000 magasins en 2010) et des PME. Plus aucun investissement d’avenir, donc plus aucun avenir.

Comment le peuple peut-il survivre à un tel massacre ? Les chômeurs commencent à retourner dans les fermes familiales délaissées. Les jeunes émigrent en masse, comme les étrangers (notamment les Albanais, la plus importante population étrangère en Grèce). Les vieux et ceux qui ne peuvent pas fuir multiplient les petits boulots au noir. La criminalité explose (les homicides avaient déjà doublé entre 2007 et 2009). Tout comme la fréquentation des centres d’accueil d’urgence (+ 30 % en 1 an) et le nombre de suicides (+25 % entre 2010 et 2011).
La Grèce, source de la civilisation méditerranéenne et donc occidentale, peuple inventeur de la démocratie, est tout simplement en passe d’être rayée de la carte du monde. Observons bien ce qui se passe en Grèce. Cela préfigure ce qu’il va advenir à nous tous, les peuples qui avons oublié ce que veut dire démocratie, la leçon d’Athènes.
Le jour où les peuples n’auront plus de quoi acheter la nourriture de leurs enfants, il ne leur restera plus que le choix des armes.

2 novembre 2011

Les riches n'aiment pas la démocratie

La Palestine étant reconnue à l'UNESCO à une large majorité, les USA stoppent leur contribution (22 % du budget de l'organusation onusienne) et Israël intensifie sa colonisation.
Le gouvernement grec veut demander au peuple souverain de choisir sa destinée : les bourses s'effondrent et les économistes orthodoxes, les oligarches et commentateurs prostitués à la pensée unique néolibérale poussent des cris d'orfraies. Souffrez peuples et en silence s'il vous plaît !
La vraie démocratie (tirage au sort, interdiction du cumul des mandats, mandats courts, contrôle permanent du travail des représentants, révocation à tout moment, reddition des comptes, etc...lire Etienne Chouard) a règné en Grèce deux cents ans (autant que notre gouvernement représentatif post- révolution de 1789) aux 5ème et 4ème siècles avant JC et jamais les riches n'ont eu le pouvoir.

20 octobre 2011

La contrainte carbone va sauter

L’équation énergétique mondiale n’a pas de solutions. Car les contraintes sont trop nombreuses, trop fortes et antagonistes. Leur ordre d’importance décroissante est le suivant.
Un, la sécurité énergétique des pays avec ses enjeux géopolitiques porteurs de conflits internationaux (la plupart des guerres actuelles ont l’énergie pour une de leurs causes principales). Deux, l’explosion de la demande, via la démographie des pays en développement, l’élévation du niveau de vie des pays émergents (2 milliards d’être humains n’ont pas encore accès à l’électricité), le boom des transports (marchandises et personnes) sous l’effet de la mondialisation (la consommation mondiale d’énergie va doubler avant 2050). Trois, l’épuisement progressif et rapide des ressources fossiles conventionnelles. Quatre, les limites physiques et techniques des énergies intermittentes (vent, soleil). D’autant que le rythme et l’intensité de la recherche et de l’innovation en technologies des énergies renouvelables sont totalement insuffisants (le budget R&D sur l’énergie dans les pays membres de l’AIE n’a crû que de 10 % entre 1980 et 2009, et 50 % de l’effort a été consacré au nucléaire et aux énergies fossiles) et le restera longtemps compte tenu des impasses budgétaires structurelles. Cinq, l’explosion à venir du prix du nucléaire par l’intégration du coût de sa sécurité (effet Fukushima), qui devra aussi comporter le coût des démantèlements des vieilles centrales (vraisemblablement proche du millier de milliards de dollars pour un pays comme la France) et celui du traitement des déchets. Six, les impacts environnementaux locaux de l’exploitation des ressources fossiles non conventionnelles (sables bitumineux, gaz de schiste, pétrole sous-marin profond). Enfin, sept, la fameuse contrainte carbone, relative au réchauffement climatique anthropique global et ses conséquences.

Devant un tel niveau de complexité, il n’y a pas de solutions humainement acceptables. On ira donc naturellement vers la moins pire, en faisant sauter la contrainte la moins dure. Pour la grande majorité des populations, il ne peut s’agir que de la contrainte carbone. Car c’est une limite qui apparaît floue et abstraite aux yeux du grand public. Les calculs et prévisions des scientifiques sont naturellement entachés d’incertitudes (la science climatique est jeune et manque de cerveaux). Par ailleurs, dans certaines régions du monde, il se pourrait que les impacts soient même bénéfiques. Mais surtout, la contrainte carbone porte sur des échéances lointaines et l’homme a une préférence naturelle pour le présent. La somme des difficultés à surmonter pour vivre et survivre dans le monde d’aujourd’hui est écrasante par rapport aux moyens qui seraient nécessaires de mobiliser pour l’hypothétique bien-être de générations qui n’existent pas encore. Le changement climatique va causer essentiellement une aggravation des conditions de vie des pays du Sud. Aujourd’hui même, dans ces pays, un milliard d’êtres humains meurent de faim et de soif et on peut dire, sans insulter le travail de quelques ONG de solidarité internationales,… que tout le monde s’en fout. Comment les décideurs, qui vivent au Nord ou dans les pays du BRIC, pourraient prioriser les conditions de vie de demain alors que celles d’aujourd’hui sont délaissées ? Il faut donc s’attendre à une extinction des spéculations intellectuelles sur le carbone, que la crise économique mondiale a d’ailleurs déjà bien entamée.

Quelques réunions de spécialistes entre Durban et Rio et l’agitation du microcosme de ceux qui vivent du carbone (consultants, chercheurs, militants environnementalistes) n’empêcheront pas les énergies fossiles de toutes sortes d’être brûlées, jusqu’au dernier atome de carbone, pour répondre à la demande irréfragable des êtres humains (bouger, consommer, être actifs, vivre). Et après (avant la fin de ce siècle) ? Personne ne sait si l’on trouvera de nouvelles sources d’énergie (venues du fond des océans ?). Ou si les habitants du Nord vivront, au pire, comme vivent aujourd’hui ceux du Sud, au mieux, comme vivaient nos aïeux avant la révolution industrielle. Malgré les chevaux et les calèches dans Paris, malgré les feux dans les cheminées, malgré le travail manuel dans les champs et les bateaux à voile…n’ont-ils pas vécu ?

19 octobre 2011

L'étiquetage environnemental, une belle diversion

La diversion consiste à attirer l’attention et faire dériver les actions vers un sujet moins prioritaire que d’autres, voire accessoire. Il y a deux manières de faire diversion. De façon inconsciente, naïve et par incompétence : c’est sans doute le cas de certains gentils petits militants environnementalistes. Mais surtout, par cynisme et intérêt privé : ceux qui sont au sommet de la pyramide (grands industriels, banquiers, politiciens, hauts bureaucrates) veulent conserver et accroître leurs privilèges.


L’étiquetage environnemental est un petit exemple de diversion. Comment peut-on s’intéresser au nombre de grammes de CO2 émis par la fabrication d’un pot de yaourt ? Non seulement cette information n’a aucune signification ni pertinence, tant les méthodologies et les périmètres de calculs (transports, sous-traitants, matières premières, emballages, mix énergétiques,…) sont empreints d’approximations, d’erreurs et de choix arbitraires. Mais surtout, qu’attend-on du consommateur s’il prend le temps de lire cette information ? Qu’il change la politique énergétique de son pays (ou son absence…) ? Qu’il pousse à lui tout seul à plus de nucléaire ? Qu’il achète un autre yaourt plus cher mais qui émet de 2 grammes de moins ? Qu’il se prive de yaourt ? De qui se moque-t-on ?

Pendant ce temps-là, d’éminents médecins se font massacrer par d’iniques procès lorsqu’ils demandent aux industriels d’indiquer la quantité de sel qu’ils ont introduite dans leurs plats cuisinés. Pareil pour le sucre et les produits gras, où même une loupe de 3 cm d’épaisseur ne vous donnera pas l’information. Sans parler de l’aspartam, des PCB dans les beefsteaks, du bisphénol A dans les canettes de boisson, des pesticides dans les fruits ou des OGM dans les légumes. Nous ingurgitons, sans le savoir, des quantités phénoménales de poisons qui font exploser le nombre de cancers, de maladies cardio-vasculaires, les cas d’obésité et autres catastrophes sanitaires.

Cacher ce que les produits contiennent pour détourner l’attention vers le type d’énergie produite pour les fabriquer est criminel.
Faire de la politique, organiser la cité, vivre, c’est faire des choix de priorités.
En cette période d’impasse budgétaire où nous a plongés la folie de l’hyper-capitalisme financier, perdre du temps et de l’argent public sur des faux sujets est une marque de plus de l’irresponsabilité de ceux qui prétendent nous gouverner.

8 octobre 2011

Le marketing plus fort que la RSE.

Big father ou le culte de la personnalité d’un marchand.


Devant le chœur unanime des groupies, il faut s’interroger. Pourquoi un tel délire collectif pour le milliardaire qui n’a inventé ni la pénicilline, ni la radiographie ? Et pas même - dans son domaine - l’internet, ni le PC, ni le téléphone cellulaire, ni les moteurs de recherche, ni les réseaux sociaux, ni le e-commerce, ni la tablette numérique…
Oubliées les conditions de travail insoutenables des sous-traitants chinois ? Oubliée la façon pour le moins expéditive de traiter ses propres employés ? Oublié l’impact environnemental catastrophique de la fabrication des jolis gadgets ? Oubliée l’obsolescence organisée des produits via un processus diabolique de montée en gamme ? Oubliés les prix prohibitifs dont les montants se terminent inexorablement par 99, insulte à l’intelligence des acheteurs ? Oublié l’enfermement dans un univers propriétaire, contraire parfait de l’internet ouvert (logiciels libres, opensource, gratuité) ? Oublié le risque de big brother ? Oubliées les fonctionnalités inutiles ou infantilisantes ?
Le marketing des multinationales est plus fort que la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Celui qui est capable de transformer une insignifiante mise à jour de version de logiciel en un évènement planétaire, « rend indispensable ce dont nous n’avons pas besoin ». Le mythe de l’entrepreneur génial se construit par l’art de flatter en même temps notre instinct grégaire (tous le même gadget à l’oreille) et notre snobisme (j’ai choisi la couleur), notre goût pour le masochisme (money-slave) ou la captivité, notre fétichisme puisque nous préférons le culte des objets à l’amour des idées, notre soif de gourous et de prêches à l’américaine aux sermons moralisateurs.
C’est que Steve Jobs a su nous ramener en enfance, par ses deux seules armes : l’interface tactile et le monde de l’image. Tels des enfants, nous touchons avec le doigt et nous regardons. Nous privilégions la forme des jouets (imposture intellectuelle du design) au fond et à la finalité. Et tels des enfants, nous pleurons aujourd’hui notre père disparu. Quand allons-nous grandir ?

29 juillet 2011

Chronique du développement durable : et si on parlait d'incompétence ?

Après 4 ans de palabres incantatoires, rares sont ceux aujourd’hui qui ne sont pas convaincus que le fameux Grenelle de l’environnement n’était qu’une vaste opération élyséenne de communication, un fatras ectoplasmique, sans impact significatif sur le cours de l’activité économique et sur la vraie vie des vrais gens. Pire, les véritables questions énergétiques, économiques et sociales, donc politiques, n’ayant pas été adressées, les problèmes remontent inéluctablement à la surface. Et dire que les gentils petits écologistes, qu’on avait fait monter fièrement sur les estrades en guise de caution, n’ont pas été récompensés de leur complaisance ou de leur crédulité à l’égard de cette mascarade, puisque voilà qu’un décret, fixant les nouvelles règles d’agrément des associations, vient de les exclure des instances officielles !

A côté de la mauvaise foi de ceux qui s’accrochent à leurs privilèges, appuyés sur la force de leurs lobbies, de la malhonnêteté intellectuelle et de la cupidité des décideurs, de leurs biais idéologiques, s’ajoute toujours une dose d’incompétence, dont personne ne parle.

Le summum de l’incurie est-il atteint avec le scandale des algues vertes, qu’il faut éternellement - tel Sisyphe - enlever des plages de Bretagne, par dizaines de camions, au frais du contribuable, au lieu de s’attaquer en amont à la question de fond de l’agriculture productiviste ? Ou bien avec le terrible coup d’arrêt porté à la filière photovoltaïque française, obligée de licencier, suite aux multiples stop and go de l’usine-à-gaz règlementaire. Les allers-retours et la godille, on connaît bien : après que le ministère de l’environnement ait autorisé, sans réfléchir ou sans le savoir, l’exploitation du gaz de schiste, vite, il faut faire maintenant machine arrière et s’interdire définitivement toute possibilité d’innovation.
Après l’engouement pour la voiture électrique, étouffée pendant des décennies par les lobbies pétroliers, on s’aperçoit aujourd’hui que les batteries risquent d’exploser. Mieux vaut tard que jamais.

Mais Fukushima n’a pas ébranlé le lobby nucléocrate au pouvoir (pas plus que les années de retard de l’EPR de Flamanville) : on fait comme si rien ne s’était passé et on évite soigneusement tout débat public. Non, mieux vaut forcer les consommateurs à acheter des compteurs électriques soi-disant intelligents, au seul bénéfice d’EDF, et à effectuer des Diagnostics de Performance Energétique, dont la médiocre fiabilité a été démontrée.

Nos bureaucrates de ministère empilent les mesurettes, juxtaposent les générations inefficaces de prêts « verts » (échec de l’éco-prêt à taux zéro, à 37 % de l’objectif), au sein d’un capharnaüm règlementaire. Projettent de rajouter à la confusion en créant de nouveaux labels écolos dans un paysage déjà incompréhensible. Ne trouvent rien de mieux à faire que s’obstiner à protéger le gentil loup des Alpes, qui égorge impunément 1200 brebis par an, sur le compte du contribuable. Ou de lancer un groupe de travail sur le développement du vélo ! On croît rêver !

Et nos technocrates européens ne sont pas en reste, qui continuent d’encourager les biocarburants, malgré l’avalanche d’études qui confirment leur nocivité pour l’environnement et les populations du Sud. Ou qui entretiennent la cacophonie sur les règlementations vis-à-vis des OGM.

Pour faire diversion, on laisse le microcosme s’exciter sur le reporting RSE des PME, qui n’intéresse personne (qui lit les rapports extra-financiers des groupes cotés, ou les bilans sociaux des entreprises de plus de 300 personnes qui existent en France depuis 1977 ?) : ajoutez des kWh (d’une électricité nucléaire, donc climatiquement propre), des handicapés et des femmes, et il en sortira…une bouillie pour chat. Ou on théorise à l’infini sur l’imposture intellectuelle de la croissance verte (multiplions nos déchets, puisque cela fera plus d’éboueurs chez les sous-traitants de Veolia).

Comme agir c’est faire des choix et que la procrastination et la lâcheté sont des qualités connues des technocrates, on préfère écrire des rapports. Par exemple, s’éparpiller dans les 230 mesures à la Prévert du plan d’adaptation au changement climatique pour 2050 (qui sera là pour vérifier sa pertinence ?). Contredire les rapports précédents, en recalculant le rythme d’extinction des espèces, qui serait 2,5 fois moins rapide que prévu (Stephen Hubbell in Nature), car les méthodes étaient défectueuses (c’est vrai que c’est difficile de calculer une diminution quand on ne connaît pas le point de départ…). Les plus de 200 décrets du Grenelle ne sont toujours pas publiés (4 ans après, quelle performance !), qu’il faut lancer à nouveau de multiples groupes de travail sur …l’efficacité énergétique. Même le GIEC, au lieu de se concentrer sur la science climatique, si fragile, se fend d’un énième rapport en faveur des énergies renouvelables, domaine hors de son champ de compétence.

Pas étonnant que le développement durable ait un coup de blues : le commerce équitable est au bord de la faillite, le bio est accusé de véhiculer des bactéries tueuses, le microcrédit attire les spéculateurs et les escrocs. Même les icones tombent de leur piédestal (Mohammad Yunus forcé à la démission de sa Grameen Bank). Et les salariés de WWF s’interrogent publiquement sur la compétence et l’éthique de leur patron, qui passe pourtant si bien à la télé.

Pendant que la croisière écolo-bureaucratique s’amuse, dans la vraie vie, les industriels se ruent sur le pétrole et le gaz de l’Arctique, sur les gaz de schiste de Pologne et les prix de l’essence explosent (même si un ministre fait semblant de menacer le PDG de Total). Et l’année 2010 a battu tous les records en matière d’émission de CO2 (30,6 gigatonnes), soit + 5,5 % (progression naturellement parallèle avec celle du PIB et de la consommation d’énergie).

Pourquoi tant d’incompétence ? Est-ce spécifique au domaine (les bons sentiments et l’émotion devant les belles images d’ours polaires chasseraient le bon sens) ? Malheureusement, le même constat de désastre de l’intelligence vaut aussi bien souvent pour l’économique et le social. Devant tant de dysfonctionnements, d’amateurisme et de politiques de Gribouille, la fatigue nous gagne.
Après la fatigue, vient l’indignation. Après l’indignation, la révolte. Pour changer la politique, il faut changer les incompétents qui la font.

16 avril 2011

Mes 126 propositions pour un développement durable

Ca y est. Le diagnostic a largement été établi. La finance folle, l’idéologie néolibérale et la cupidité sans limite des oligarchies qui prétendent nous gouverner, plongent et maintiennent dans le malheur des milliards d’êtres humains : faim, soif, extrême pauvreté, maladies en tous genres au Sud… exclusion, précarité, chômage, pauvreté, déclassement, diminution du pouvoir d’achat au Nord. Et partout, explosion des inégalités, dégradations de l’environnement, pillage des ressources naturelles, détérioration de la santé par d’innombrables pollutions. Assez de bla-bla. Il faut passer directement aux solutions. Voici une première liste de 126 actions. Ce sont des actions « de moyens » amont et non pas des actions de finalité (exemple : réduire le chômage). Les chaînes d’impacts entre ces actions et les résultats (i.e. un monde viable, solidaire et équitable) ne sont pas explicitées mais reposent sur plusieurs années de réflexions et d’études (certaines de ces actions sont également proposées par des associations, organisations, partis politiques ou par des économistes).

Ces propositions sont libellées le plus simplement (un verbe à l’infinitif) et succinctement possible (des notes de bas de page explicatives n'ont malheureusement pas pu être insérées ici). Elles sont classées en 7 catégories (les 7 piliers de la sagesse ?) :

Système financier, monétaire et bancaire (« FIN »)
Fiscalité (« FIS »)
Gouvernance (« GOV »)
Commerce international (« CINT »)
Politiques publiques nationales (« POL »)
Europe (« EUR »)
Entreprises (« ENT »)

, par ordre d’importance décroissant et classées aussi en fonction de leur rayon d’action : monde (« MON »), Europe (« EUR ») ou France / niveau national (« FRA »).

Faites votre marché et apportez vos idées ! A vous d’étoffer cette première liste (elle sera mise à jour en continu), de changer les priorités, de construire à partir d’elle votre propre programme de gouvernement du monde, dans le sens d’un développement enfin équitable et soutenable.

Système financier, monétaire et bancaire (FIN)


FIN-MON-01 Revoir la gouvernance du FMI et ses missions

FIN-MON-02 Refondre le système monétaire international

FIN-MON(EUR/FRA)-03 Redonner à l’Etat le monopole de création de la monnaie via sa Banque Centrale

FIN-MON-04 Introduire une nouvelle monnaie mondiale, panier de devises équilibré , avec une chambre de compensation multilatérale, gérée par le FMI

FIN-MON-05 Dé-privatiser les agences de notation financière en les plaçant sous tutelle du FMI et leur faire intégrer l’évaluation des pratiques sociales, sociétales et environnementales dans leurs notations

FIN-MON-06 Instaurer une taxation sur les transactions financières de 0,1 %

FIN-MON-07 Séparer les activités de banque commerciale de celles de banque d’investissement et de marchés

FIN-MON(EUR/FRA)-08 Nationaliser les banques commerciales

FIN-MON-09 Interdire les paris boursiers sur les fluctuations de prix

FIN-MON-10 Interdire les activités financières à effet de levier via l’emprunt

FIN-MON(EUR/FRA)-11 Interdire les ventes à découvert

FIN-MON-12 Interdire le trading pour compte propre

FIN-MON-13 Interdire les hedge funds et le shadow banking

FIN-MON-14 Interdire tout produit financier dont le risque de crédit n’est pas facilement mesurable

FIN-MON-15 Interdire les marchés de gré à gré et rendre obligatoire les chambres de compensation pour tous les marchés

FIN-MON-16 Traquer et détruire toutes les disparités des marchés, afin d’empêcher les techniques d’arbitrage

FIN-MON-17 Interdire toute transaction financière sur les prix des matières agricoles, des matières premières et des ressources énergétiques, qui ne soit pas directement appuyée sur une transaction commerciale

FIN-MON(EUR/FRA)-18 Limiter la taille des banques afin de réduire le phénomène de concentration et ses risques systémiques liés

FIN-MON-19 Conditionner les prêts de la Banque mondiale, de la SFI, de la BEI, et des autres institutions multilatérales à leurs impacts sociaux et environnementaux

FIN-MON-20 Echanger la dette publique des pays pauvres très endettés contre des investissements d’intérêt général

FIN-MON-21 Constituer des fonds publics mondiaux, alimentés par les Etats nations, pour préserver les biens publics mondiaux (climat, accès à l’eau, accès aux services essentiels…)

FIN-EUR(FRA)-22 Imposer aux banques un équivalent du Community Reinvestment Act américain pour les obliger à prêter aux personnes en difficultés

FIN-MON(EUR/FRA)-23 Rendre obligatoire une durée minimale de détention d’actions de 3 ans sous peine de pénalités fiscales dissuasives

FIN-MON-24 Limiter les plages de fonctionnement des bourses

FIN-MON(EUR/FRA)-25 Interdire le crédit revolving

Fiscalité (FIS)

FIS-MON(EUR/FRA)-01 Refondre la fiscalité dans le sens de l’équité, de la progressivité et de la redistribution

FIS-MON(EUR/FRA)-02 Punir impitoyablement la fraude fiscale

FIS-MON(EUR)-03 Supprimer les paradis fiscaux

FIS-EUR(FRA)-04 Supprimer les niches fiscales

FIS-EUR(ENT)-05 Instituer un impôt européen sur les sociétés

FIS-MON(EUR/FRA)-06 Taxer les prélèvements sur les ressources naturelles

FIS-MON(EUR/FRA)-07 Inciter fiscalement à l’épargne longue, à la fidélité des actionnaires et à l’Investissement Socialement Responsable

FIS-FRA(EUR)-08 Instaurer une taxe sur les budgets publicitaires au bénéfice des associations de consommateurs

FIS-FRA-09 Réformer les impôts locaux en basant l’assiette sur la richesse réelle des contribuables et non plus sur la valeur locative supposée de leur logement

Gouvernance (GOV)

GOV-MON-01 Revoir la gouvernance du G20 en l’élargissant et en donnant à tous les pays et régions politiques la possibilité d’être représentés par un de ses membres

GOV-MON-02 Aligner en cohérence les gouvernances du G20, du FMI, de l’OMC, de l’OIT, de l’OMS, de la FAO, de la Banque mondiale et des Banques Centrales des pays, autour d’une ONU reconfigurée

GOV-MON-03 Créer un Conseil de sécurité économique, social et environnemental, dont les membres sont élus par l’assemblée générale de l’ONU, avec un organe de règlement des différends et pouvoir de sanction envers les Etats et les transnationales

GOV-FRA-04 Interdire tout cumul de mandat électoral

GOV-FRA-05 Changer de Constitution pour sortir du régime présidentiel et passer à un véritable régime parlementaire avec contrôle permanent des représentants du peuple par les citoyens et système de sanctions

GOV-FRA-06 Remplacer l’autorisation des candidatures à la Présidentielle par parrainage des élus par les signatures d’un million d’électeurs

GOV-FRA-07 Instaurer un accès facile au référendum d’initiative populaire

GOV-FRA-08 Décentraliser les pouvoirs en permettant à des groupes de citoyens de prendre des décisions sur des sujets locaux, via notamment des budgets participatifs

GOV-FRA-09 Réformer l’ensemble des élections locales, notamment les législatives, sur la base d’un scrutin proportionnel avec prime majoritaire

GOV-FRA-10 Interdire tout cumul de fonctions avec celle de ministre

GOV-FRA-11 Interdire toute représentation immédiatement consécutive à une même fonction élective

GOV-FRA-12 Rendre obligatoire la participation des citoyens à toutes les élections, et ce dès l'âge de 16 ans

GOV-FRA-13 Interdire tout financement de partis politiques par des personnes morales ou associations

GOV-MON(EUR/FRA)-14 Fixer un taux d’actualisation normatif faible

GOV-MON-15 S’engager sur la voie d’un accord international pour le désengagement de l’arme nucléaire

GOV-FRA-16 Donner le droit de vote et d’éligibilité aux étrangers non communautaires pour les élections locales

GOV-FRA-17 Réformer le Sénat

GOV-FRA-18 Supprimer le Conseil Economique Social et Environnemental

Politiques publiques nationales (POL)

POL-FRA-01 Promulguer une loi-cadre pour le développement des services d’intérêt général

POL-FRA-02 Améliorer le niveau des prestations sociales et le revenu minimum garanti

POL-FRA-03 Introduire un revenu annuel maximal

POL-FRA-04 Renforcer les moyens de la justice et de la police , afin d’améliorer les actions de prévention

POL-FRA-05 Engager une véritable reforme à long terme du système des retraites par répartition

POL-FRA-06 Mettre en place dans chaque département un pôle de coopération territoriale au service d’un développement local solidaire et soutenable

POL-FRA-07 Systématiser les clauses sociales et environnementales dans les marchés publics

POL-FRA-08 Promulguer une loi cadre sur le service public de l’eau

POL-FRA(EUR)-09 Lancer un débat public sur le nucléaire suivi d’un referendum

POL-FRA(EUR)-10 Augmenter significativement l’investissement en R&D , particulièrement dans le domaine de l’énergie

POL-FRA-11 Lancer un vaste programme de construction de logements sociaux et de rénovation des copropriétés délabrées et porter les dépenses publiques pour le logement à 2% du PIB

POL-FRA-12 Elargir la taxe sur les logements vacants et réquisitionner tout logement vacant depuis plus de 2 ans pour l’affecter à une famille nécessiteuse

POL-FRA-13 Faire respecter la loi SRU via des amendes véritablement dissuasives

POL-FRA-14 Créer un statut juridique pour les coopératives d’habitants

POL-FRA-15 Créer un droit universel à la compensation de la perte d’autonomie

POL-FRA-16 Revoir l’ensemble de l’organisation des parcours de soins

POL-FRA-17 Revoir en profondeur l’ensemble des contenus de l’enseignement secondaire

POL-FRA-18 Décloisonner les filières d’éducation et de formation et les disciplines (rapprocher notamment les grandes écoles et les universités) en introduisant des passerelles et des possibilités de réorientation à de multiples niveaux

POL-FRA-19 Limiter le nombre d’élèves par classe à 20, en priorité dans les établissements des zones défavorisées

POL-FRA-20 Améliorer l’acquisition et la maîtrise par les enseignants des principes pédagogiques

POL-FRA-21 Développer un service public de la petite enfance garantissant l’accueil de tous les enfants de moins de 3 ans

POL-FRA-22 Revenir à un véritable droit du sol


Europe (EUR)


EUR-GOV-01 Rendre plus lisible, plus efficace et plus démocratique la gouvernance de l’UE

EUR-FIS-02 Harmoniser les politiques fiscales des pays membres dans le sens de la progressivité et de l’équité

EUR-FIN-03 Mettre en place un processus de coordination des politiques économiques et de financement des investissements de long terme

EUR-FIN-04 Emettre des obligations européennes et garanties pour financer des projets d’infrastructure à long terme et le développement d’une économie sociale et solidaire

EUR-FIN-05 Réformer le rôle de la BCE en la contrôlant politiquement

EUR-FIN-06 Créer une dette publique européenne en mutualisant les déficits des pays européens a l’aide de vecteurs financiers communs

EUR-ENT-07 Mettre en place des normes sociales, environnementales et sanitaires qui s’imposent à toutes les entreprises qui vendent leurs produits dans l’UE

EUR-FIN-08 Restructurer les dettes des Etats en difficultés

EUR-ENT-09 Mettre en place une politique industrielle commune, basée sur la coopération des ressources et des compétences

EUR-10 Mettre sur pied une armée de défense européenne

EUR-11 Construire des pôles de compétitivité européens pour l’innovation sociale et environnementale

EUR-12 Développer une politique de l’immigration commune

EUR-13 Mettre en place une taxe carbone européenne aux frontières

EUR-14 Construire la feuille de route à moyen terme pour faire entrer la Turquie dans l’UE

EUR-15 Construire la feuille de route à long terme pour faire entrer la Russie dans l’UE


Commerce international (CINT)


CINT-01 Instituer de nouvelles coopérations internationales dans le domaine de l’alimentation pour prévenir les crises

CINT-02 Réorienter les politiques publiques des PED en faveur de l’agro-écologie

CINT-03 Introduire les critères environnementaux, sociaux , sociétaux, sanitaires et de bonne gouvernance des organisations marchandes dans les règles de l’OMC

CINT-MON(EUR/FRA)-04 Différencier les taux de TVA en fonction des impacts sociaux, sociétaux et environnementaux des produits

CINT-MON(EUR/FRA)-05 Supprimer les subventions à la consommation de combustibles fossiles et toutes celles qui sont nuisibles à l’environnement

CINT-MON-06 Organiser les transferts de technologie vers les pays en développement

CINT-MON-07 Donner des titres de propriétés aux paysans des pays du Sud

CINT-MON(EUR/FRA)-08 Favoriser financièrement les circuits courts

CINT-MON-09 Donner une rente au pays producteurs de pétrole pour qu’ils ne l’extraient pas du sol


Entreprises (ENT)

ENT-MON-01 Harmoniser mondialement les normes comptables et placer l’organisme de normalisation sous contrôle des Etats

ENT-MON-02 Supprimer toute méthode comptable qui permet de sortir du bilan des entreprises et des établissements financiers des actifs risqués

ENT-FRA-03 Passer à la semaine de travail de 4 jours

ENT-FRA-04 Interdire une échelle des rémunérations supérieure à un facteur 30 entre le plus haut et le plus bas salaire dans une entreprise

ENT-FRA-05 Rétablir le lien entre les gains de productivité et la croissance salariale

ENT-FRA-06 Instaurer une sécurité sociale professionnelle afin de sécuriser les parcours professionnels

ENT-FRA(FIS)-07 Pénaliser financièrement les entreprises qui abusent des CDD et de l’intérim

ENT-FRA-08 Punir impitoyablement la corruption

ENT-FRA-09 Interdire le rachat par les entreprises de leurs propres actions

ENT-EUR(FRA)-10 Lancer un Small Business Act pour soutenir le développement des TPE / PME

ENT-EUR(FRA)-11 Inciter financièrement et fiscalement l’économie sociale et solidaire et les formes d’organisations à but non lucratif

ENT-FRA-12 Interdire les plans de stock-options, les attributions d’actions gratuites, les retraites-chapeaux, les parachutes dorés et autres éléments de rémunération indus des dirigeants

ENT-FRA-13 Plafonner la déductibilité fiscale des intérêts d’emprunts

ENT-FRA-14 Interdire le cumul et la succession des mandats d’administrateur de sociétés

ENT-FRA-15 Imposer une configuration des Conseils d’Administration où au moins 30 % des administrateurs sont élus par les salariés, et avec des représentants des associations de consommateurs, des collectivités publiques et des citoyens

ENT-MON(EUR/FRA)-16 Obliger les entreprises transnationales à publier la comptabilité détaillée de leurs filiales, pays par pays

ENT-FRA(FIS)-17 Introduire des taux d’impôt sur les sociétés progressifs en fonction de leurs taux de profits et différenciés selon leur taux d’investissements pour les inciter à investir

ENT-FRA-18 Inciter financièrement au développement de services de proximité, à la location plutôt qu’à la propriété, aux produits fabriqués pour durer et développer l’économie de fonctionnalité circulaire

ENT-FRA-19 Conditionner systématiquement les aides publiques aux entreprises à des critères sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance

ENT-FRA-20 Obliger les partenaires sociaux à négocier des accords-cadre internationaux sur la RSE

ENT-FRA-21 Instaurer un « chèque cotisation syndicale » annuel, payé par l’employeur, à verser par chaque employé à l’organisation syndicale de son choix

ENT-FRA-22 Interdire les organisations de travail pathogènes, rendre indépendants les médecins du travail et tripler leur nombre

ENT-FIS-FRA-23 Inciter financièrement / fiscalement les entreprises à développer des formations diplômantes

ENT-FRA-24 Plafonner les jetons de présence

ENT-(FIS)-FRA-25 Favoriser fiscalement le travail à temps partiel choisi et le télétravail

ENT-MON(EUR/FRA)-26 Introduire la notion juridique de casier judiciaire pour les entreprises qui ont été condamnées
ENT-MON(EUR/FRA)-27 Systématiser une application drastique de la règle du pollueur / payeur

ENT-FRA-28 Instaurer les recours collectifs vis-à-vis des entreprises

2 mars 2011

Sempiternel reporting RSE : au-delà de la fatigue, quels indicateurs ?

90 % du débat du microcosme du développement durable français sur la RSE se concentre sur le sempiternel thème du reporting. Au lieu de travailler sur le fond : les stratégies d’entreprises, les actions concrètes à mener pour diminuer les risques et créer un supplément de valeur durable par la transformation des business models et de nouvelles façons de manager, plus ouvertes, plus humaines, plus responsables, plus éthiques. Sans doute parce qu’il y a là un nouveau fromage pour les consultants, qui, après avoir conseillé les grandes entreprises sur leurs beaux rapports de développement durable, avec belles images d’éoliennes et beaux discours (où l’on se présente sous son meilleur jour), vont pouvoir s’intéresser au grand marché des PME, pour autant que le décret à venir du Grenelle 2, pour lequel ils déploient un lobbying intense, les y autorise.

Et sans s’être interrogé sur les finalités de ce reporting. Qui veut comparer les entreprises et pour quoi faire, dans quel intérêt ? Certainement pas les entreprises elles-mêmes : personne n’aime les concours de beauté quand il faut révéler sa face cachée. Qui lit les rapports de développement durable imposés aux entreprises cotées depuis la loi NRE de 2001 ? Réponse : personne. Sauf, peut-être, les étudiants en master de développement durable, qui savent bien manier le copier / coller. Et, bien sûr, les consultants, qui vendent leurs pseudo-benchmarks comparatifs et leurs prestations d’embellissement. Le législateur et les pouvoirs publics, qui ont pourtant imposé ces rapports extra-financiers, les classent verticalement sans les lire (enquête effectuée notamment à Bercy…). Les marchés financiers n’en ont cure puisque la Bourse est leur seul juge de paix de la performance. Les analystes de la niche de l’Investissement Socialement Responsable (2 % du marché…) eux-mêmes ne s’en contentent pas, puisqu’ils abreuvent en plus les entreprises de questionnaires détaillés, dont la pertinence est inversement proportionnelle à la longueur.

Aucune partie prenante de n’importe quelle entreprise ne lit jamais ces volumineux rapports. Les actionnaires, les clients et les collaborateurs (les seules 3 parties prenantes qui comptent vraiment) les ignorent superbement (les clients les plus attentifs ne connaissent que les étiquettes et notices sur les produits ou les comparatifs de 60 millions de consommateurs). Les ONG, qui se sont autoproclamées représentants ( ?) de la société civile, et distribuent leurs mauvais points, les considèrent, à raison, comme du greenwashing. Des animaux bizarres, comme le GRI, ONG dont la gouvernance et les règles de décision sont plus qu’opaques, prétendent détenir la vérité et veulent faire passer toutes les entreprises du monde sous la toise de leurs fourches caudines.

A peine publiée (après 5 ans de voyages autour du monde et 100 tonnes de salive pour pinailler sur chaque virgule, dépensés par des interlocuteurs qui ne représentent souvent qu’eux-mêmes), la pseudo-norme ISO 26 000, qui n’est finalement qu’un wikipedia du développement durable, donne lieu à des prestations commerciales de certification (et notamment, qui plus est, par un organisme de normalisation français…), alors qu’on avait juré ses grands-dieux qu’elle n’était pas certifiable.

Il ne peut d’ailleurs y avoir de reporting et d’indicateurs universels, tant les enjeux diffèrent selon les secteurs d’activité économiques. Demander à une banque de collecter et de consolider le nombre de m3 d’eau consommés par employé de banque, relève de la bêtise pure.

Les fervents promoteurs du reporting RSE semblent aussi avoir oublié, qu’en France, il existe un décret, en date du 8 décembre 1977, inspiré d’une pratique américaine des années 1950 (oui, cela ne date pas d’hier !), qui oblige les entreprises ou établissements dont l’effectif est supérieur à 300 personnes à publier un bilan social, après consultation du comité d’entreprise. On y trouve pratiquement tous les éléments du pilier social de la RSE : emploi, rémunérations, mixité, hygiène et sécurité, accidents du travail, conditions de travail, formation, conditions de vie dans l’entreprise, etc…
Avec un succès mitigé, puisque quasiment personne ne lit ces bilans sociaux. Et si les pratiques des entreprises en matière de RH s’étaient considérablement améliorées grâce à eux, cela se saurait et se vérifierait à l’aune du stress des collaborateurs, du nombre de licenciements ou de suicides.
Ce qui n’empêche pas nos chers consultants de réinventer l’eau chaude.

Croire que c’est par le reporting qu’on forcera les prétendus mauvais élèves à s’améliorer, relève, soit d’une grande naïveté, soit de visées à buts lucratifs.
Tant de bla-bla et que d’impostures intellectuelles pour si peu d’utilité…Toute cette green fatigue pourrait nous inciter à jeter le bébé avec l’eau du bain. Non, retenons-nous, car le fond du sujet est plus sérieux que ceux qui occupent l’espace médiatique, et prêtons-nous quand même docilement à l’exercice. Essayons de ne retenir que 21 (le chiffre de 21 est à la mode) indicateurs. Au-delà, c’est trop compliqué, donc moins opérationnel, et il faut faire des choix : on aurait pu ainsi retenir aussi le nombre et l’étendue des accords-cadre sur la RSE signés par les partenaires sociaux, qui est aussi un indicateur de bonne gouvernance.

Je vous invite donc à challenger la liste suivante, qui pourrait donner une image pas trop infidèle d’une entreprise d’un secteur industriel, par exemple. La plupart des indicateurs sont relativisés au Chiffre d’Affaires. Les évolutions de ces indicateurs seraient bien sûr à considérer sur 3 ans (la responsabilité d’une entreprise - démarche de long terme - ne peut s’évaluer à partir d’une photo des 12 derniers mois).

Proposition de 21 indicateurs de RSE

Indicateurs de gouvernance
1-Taux de satisfaction de chaque partie prenante, salariés, clients, actionnaires, fournisseurs,… (% de « Très Satisfaits »)
2- Part de la rémunération des cadres dirigeants dépendant d’objectifs ESG (%)
3- Degré de diversité (genre, origine, nationalité, âge, expertise…) des instances dirigeantes (note de 1 à 10)
4- Rapport entre le plus haut et le plus bas salaire
5-Part du périmètre d’activités (y.c fournisseurs et sous-traitants) qui a donné lieu à audit ESG suivi de plans d’actions réalisées (% du CA)

Indicateurs économiques
6- Répartition de la valeur ajoutée entre les parties prenantes (%) [1]
7- Comptabilité détaillée par filiales contrôlées et par pays, y compris la ligne impôts (EUR) [2]
8- Dépenses de R&D et innovation (/CA)

Indicateurs sociaux
9-Turnover des collaborateurs (% / an)
10-Coût des accidents et maladies du travail (/ CA)

Indicateurs sociétaux
11- Proportion de produits / services générant un bénéfice sociétal (% CA)
12- Pénalités financières, environnementales, sociales, civiles, pénales… (/CA)
13- Contributions sociétales totales (impôts + mécénat – subventions) (/ CA)

Indicateurs environnementaux
14- Consommation énergétique (MWh / CA)
15- Emissions de GES (teq CO2/CA)
16- Consommation de matières premières (tonnes/CA) [3]
17- Proportion des produits et déchets en fin de vie, recyclés ou valorisés (% tonnes) [3]
18- Part des produits fabriqués dans une démarche d’éco-conception ou de Cradle to Cradle (% CA) [3]
19- Proportion de produits / services générant un bénéfice environnemental (% CA)
20- Consommation d’eau (m3 / CA) [3]
21- Part d’eau rejetée polluée (% / consommation d’eau) [3]

[1] la partie relative aux rémunérations des salariés comprenant aussi les dépenses de formation
[2] grâce aux techniques des prix de transfert, les entreprises transnationales échappent indûment à la contribution au bien commun via l’impôt
[3] si pertinent

18 février 2011

Au secours, Michael Porter découvre la RSE !

Le pape du management (d’où nous vient que nous adorons nous prosterner aux pieds des gourous ?) vient de commettre un article, co-signé avec Mark Kramer, dans la sacro-sainte revue « Harvard Business Review », intitulé « The big idea (en toute modestie) : creating shared value ».

Après des années de déni (« The social responsibility of business is business, i.e. to maximize profit »), voilà que les donneurs de leçons découvriraient la RSE ?
Les auteurs américains (professeurs, consultants, business men…) ont un don : ils arrivent à inventer, chaque décennie, des modes de management, qu’ils savent vendre, à forte dose de push marketing (puissance de feu des grands cabinets de conseil anglo-saxons, les big six), à des managers crédules, en recherche de légitimité ou d’originalité pour renouveler leurs discours. Ils savent aussi très bien parler, souvent parler pour ne rien dire, puisque la plupart de leurs ouvrages de plusieurs centaines de pages, remplies d’idées reçues et de portes ouvertes allègrement enfoncées, peuvent être synthétisés par un esprit cartésien latin en une demi-page, pour pas dire sur un ticket de métro.
Et ce, dans le meilleur des cas. Dans le pire, ils nous racontent des salades. Ainsi, Peters est aussi devenu pape avec son fameux « Prix de l’excellence », bien que la plupart des entreprises dont il encensait le business model aient fait faillite quelques années après. Autre qualité des américains : ils ont la certitude d’avoir toujours raison et se posent peu de questions.

Porter découvre aujourd’hui la RSE. Il nous apprend notamment, sans rire, que la RSE n’a finalement rien à voir avec la philanthropie ! Arghrr ! Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! A sa décharge, Porter vit dans un pays où la Corporate Social Responsibility est confondue avec les galas de charité et les indulgences : on gagne le plus d’argent possible, le plus vite possible, peu importe comment, puis on en redonne un peu aux nécessiteux, pas tant pour se racheter une conscience (les relations du business man américain avec Dieu sont très mystérieuses pour un esprit européen) ou pour dorer son image, que pour monter des opérations de public relations, génératrices de nouvelles affaires.

Monsieur Porter découvre que personne ne fait confiance aux multinationales et que leurs approches sont dépassées : ses propres conseils (bien rémunérés) de bonne gestion n’auraient donc pas été efficaces ?

Monsieur Porter énonce doctement que les entreprises devraient se concentrer sur la satisfaction des besoins de leurs clients (dommage que Monsieur Porter ne pousse pas plus loin l’analyse des différences entre besoins et demande…) et arrêter de leur vendre n’importe quoi n’importe comment ! Whaouh ! Quel scoop révolutionnaire ! Tous ceux qui s’échinent, comme moi, depuis plusieurs décennies à faire progresser les concepts de la qualité, doivent avoir les bras qui leur en tombent.

Selon Porter, Il faut mettre la social responsibility « au cœur du business », et non en périphérie ! J’adore ce genre de phrase totalement creuse.

L’idée (géniale !) de la shared value est tout simplement à la base même de la définition de la RSE : cela s’appelle extraire de la valeur à partir de la satisfaction des parties prenantes et de leur collaboration, puis leur redistribuer équitablement cette valeur créée, afin de générer une survaleur (goodwill). Des dizaines d’économistes ont démontré ce phénomène depuis longtemps, que ce soit au plan micro-économique (via la réduction des coûts de transaction due à la fidélisation des parties prenantes), qu’au niveau macro-économique (une société inégalitaire est tout simplement moins efficiente globalement).

Mais il y a décidément aussi beaucoup de naïveté chez ces penseurs américains : ils sont tellement imprégnés, dans leurs gènes, du bien-fondé du capitalisme financier, de l’idéologie néolibérale et des vertus de l’individualisme et de l’égoïsme, qu’ils ouvrent des yeux tout ronds quand ils s’aperçoivent que les logiques de coopération et de partage sont plus puissantes.

Enfin, pour illustrer ses révélations, Porter cite le nom des quelques multinationales, qui seraient des modèles de RSE new-look. Inutile de rappeler qu’à cet égard, les avis sont pour le moins partagés, tant les casseroles attachées à la queue de ces monstres sont nombreuses (violation des lois anticoncurrentielles, des droits du travail, publicités mensongères,…la liste est longue).

Si l’on ne change pas le système ambiant (et pour Porter, il est évidemment hors de question de demander plus de règlementation), la seule vision de la RSE qu’on peut défendre est une vision utilitariste, que Monsieur Porter vient de découvrir. Bienvenu au club !
C’est un peu triste de devoir compter sur un tas de lieux communs, proférés par la bouche d’une star, pour faire avancer le débat sur la RSE. Mais après tout, on n’est plus à un blah-blah près, soyons opportunistes, profitons-en, qu’importe le flacon…

23 décembre 2010

Je me souviens de 2010

Je me souviens que je me souvenais que 2009 n'avait pas été très différent de 2008.
Je me souviens d’un Président crispé dont la pensée se décalait par rapport au sens des mots de ses vœux qu’il récitait sur son prompteur et que j’ai oubliés.
Je me souviens que c’est à ce moment-là qu’il a fallu se mettre tout nu pour s’envoler vers l’Amérique.
Je me souviens des larmes de crocodile qui gouttaient sur la tombe de Philippe Seguin.
Je me souviens qu’un an après les émeutes de la désespérance en Outre-mer, rien n’avait vraiment changé.
Je me souviens que c’était l’hiver, qu’il faisait froid et qu’il neigeait.
Je me souviens de mon écœurement à propos du débat sur l’immigration ….nationale.
Je me souviens que le montant du grand emprunt égalait pile celui des actifs toxiques dévoilés par la Société Générale.
Je me souviens que Lionel Jospin voulait démontrer qu’il était un personnage historique.
Je ne me souviens plus du niveau du CAC 40 le mercredi 13 janvier à 14 H 42. Ni celui de la veille. Ni celui du lendemain.
Je me souviens qu'une catastrophique catastrophe dite naturelle s'est abattue sur le pays le plus pauvre du monde, vieille coutume de la double peine.
Dès que j’ai appris par la radio que J.D. Salinger était mort, je me souviens m’être précipité pour relire d’un trait ses nouvelles et qu’une grande tristesse a envahi mon cœur, que cet homme que je ne connaissais pas et qui ne me connaissait pas, avait attrapé.
Je me souviens avoir lu que les trente-huit premières banques américaines avaient versé 145 milliards de dollars de bonus. J’avais divisé ce nombre par le budget annuel de la lutte contre la faim dans le monde, ce qui faisait un paquet d’années.
Je me souviens que le pays qui fut le berceau de la civilisation occidentale avait failli faillir, attaqué par les mêmes traders qui l’avaient aidé à maquiller ses comptes.
…les mêmes traders, qui après avoir foutu la planète en l’air, avaient été sauvés par les mêmes Etats……Mafia blues
Je me souviens que la plus belle entreprise du monde, autrefois reine de la qualité et de l’innovation, avait perdu sa course aux coûts et aux volumes contre la mondialisation, pour qui même les géants japonais ont des pieds d’argile.
Je me souviens que pendant la même semaine de février, un séisme a frappé le Chili et un raz-de-marée le Poitou-Charentes. Un journaliste avait calculé le rapport entre les nombres de victimes.
Je me souviens qu’aux jeux olympiques d’hiver de Vancouver beaucoup d’athlètes français s’étaient cassé la figure.
On ne se souvenait plus de ce chanteur à la belle voix, à la belle moustache et à la belle gueule, grand échalas prénommé Jean dont le vrai nom était Tenenbaum. Je me souviens que mes parents l’aimaient beaucoup.
Je me souviens des élections régionales où les français avaient massivement voté à gauche et à la suite desquelles le Président avait mis la barre à droite toute.
Je me souviens avoir lu que les 25 premiers patrons de fonds spéculatifs américains avaient gagné chacun 1 milliard de dollars en 2009. Je me demandais ce qu’ils pouvaient faire de leur argent.
Je me souviens que le jour du passage à l’heure d’été, un publicité à la radio nous incitait à changer aussi de montre. Parfait extrait concentré de l’esprit du capitalisme.
Qui se souvient que le mardi 12 avril un tremblement de terre avait tué 2000 personnes au Tibet ?
Je me souviens du nuage de poussière craché par un petit volcan d’Islande, au nom imprononçable, qui a bloqué tout le trafic aérien d’Europe. Virus H1N1 ou microparticules, le monstre de la mondialisation est sensible à l’infiniment petit.
Je me souviens d’un printemps gris et froid.
Je me souviens que les politiciens de droite se sont précipités pour voter une loi concernant la tenue vestimentaire de 337 femmes en France.
Je me souviens qu’un ministre de l’intérieur et de tous les français s’était occupé personnellement du cas d’un homme, de confession musulmane, qui entretenait des relations avec plusieurs femmes, pour le déchoir de sa nationalité.
Je me souviens de mon écœurement lors de l’annonce de l’étendue des turpitudes de Goldman Sachs.
Je me souviens qu’un des pollueurs les plus riches du monde avait créé la plus grande marée noire des Etats-Unis et que ce sont les pauvres de Louisiane, encore eux, qui en profiteraient.
Qui se souvient que des mêmes marées noires polluent le delta du Niger depuis cinquante ans ?
Je me souviens du verdict de la justice indienne, 26 ans après la pire catastrophe écologique de l’histoire industrielle à Bhopal : 2100 dollars d’amende pour les anciens dirigeants d’Union Carbide. Pour 25 000 morts et 100 000 contaminés. Calculez le prix d’une vie humaine.
Je me souviens que les politiciens européens, bien au chaud dans leurs palais, discouraient, les sourcils froncés, sur les mots austérité et rigueur. Pour les autres. Surtout pour les plus pauvres.
Je me souviens que Denis Hopper était parti vers sa dernière chevauchée facile. So long friend, take care.
Je me souviens de l’attaque d'un cargo humanitaire à destination de la Palestine par un commando israélien dans les eaux internationales. Pour cause de « légitime défense ».
Je me souviens que le gouvernement avait décidé que les vieux resteraient 2 ans de plus au chômage non indemnisé avant de pouvoir prendre une retraite tronquée.
Je me souviens de cette vague de suicides chez un fabricant chinois de nos gadgets électroniques et de la réponse de la Direction : faire signer des décharges aux employés et placer des filets de sécurité.
Je me souviens que l’Etat britannique a consenti à s’excuser pour le massacre irlandais du Bloody Sunday. 38 ans et une enquête de 200 millions de livres pour reconnaître ce que tout le monde savait. Mieux vaut tard que jamais.
Je me souviens qu’un condamné à mort dans l’Utah a été fusillé. Un autre dans le Texas a été électrocuté 32 ans après son crime. Un autre a été tué avec un anesthésiant pour chiens. L’Amérique est un pays moderne.
Je me souviens du spectacle donné par le football français lors de la coupe du monde : fric, individualisme, incompétence, insultes. Reflet des effets de la mondialisation sur la société.
Je me souviens que le salaire du PDG de Renault-Nissan avait atteint 8 millions d’euros, soit 5 siècles de SMIC. Record à battre pour l’année prochaine.
Je me souviens du procès Kerviel et de sa vraie question : quelle est la part d’incompétence par rapport à la part de connivence du management de la Société Générale ?
Et je me souviens de la réponse donnée lors du jugement : « La banque n’est responsable de rien ». CQFD.
Je me souviens d’un ministre du budget dont la femme était chargée de gérer l’optimisation fiscale de milliardaires.
J’ai oublié le souvenir d’une Coupe du monde de football totalement inintéressante.
Je me souviens du gâteau écœurant de l’été, qui liait des ministres à la crème des milliardaires.
Je me souviens des beaux visages de Laurent Terzieff et de Bernard Giraudeau, désormais immortels.
Je me souviens que le sang noir a coulé longtemps dans le golfe du Mexique.
Je me souviens des belles performances de l’équipe de France aux championnats d’Europe d’athlétisme à Barcelone et aux championnats du monde de natation.
Qui se souviendra que 20 millions de pakistanais ont été frappés par des inondations catastrophiques ?
Je me souviens que le gouvernement de la France cherchait par tous les moyens à assimiler délinquance et étrangers.
Je me souviens de la chasse aux Roms. Et de la honte d’être français.
Je me souviens d’Alain Corneau. Quand je pense à lui, je me souviens aussi de Patrick Dewaere.
Je me souviens que Laurent Fignon s’est échappé.
Je me souviens que nous étions très nombreux à manifester le 24 juin, le 7 et le 23 septembre, le 2, le 12, le 16, le 19 octobre et le 28 octobre, et le 6 novembre. Avec la joie de partager notre colère.
Je me souviens que Claude Chabrol est mort et que c’était un bon vivant.
Je me souviens qu’Arthur Pen, Blake Edwards et Toni Curtis avaient fait partie de ma jeunesse.
Je me souviens que le beau Danube bleu était devenu tout rouge.
Je me souviens que le Prix Nobel de la Paix croupissait dans un cachot chinois.
Je ne me souviens pas des noms des 33 mineurs chiliens prisonniers de la terre, mais de la médiatisation de leur sauvetage.
Je me souviens que la pénurie d’essence d’octobre nous avait rappelé notre addiction à cette drogue.
Je me souviens que la stupidité et l’égoïsme avaient gagné les élections de mi-mandat américaines.
Je me souviens de la double peine pour Haïti : après le tremblement, la stupeur du cholera.
Je me souviens de la libération de Aung San Suu Kyi, lumière d’espoir dans ce triste ciel d’automne.
Je me souviens que les journalistes du Figaro ne s’étaient pas fait voler leurs ordinateurs.
Je me souviens d’un remaniement ministériel qui s’appelait : «On prend les mêmes et on recommence».
Qui se souviendra qu’une bousculade géante sur un pont du Cambodge avait fait 350 morts, au cours de la fête de l’eau ?
Je me souviens qu’il aura fallu plus de 15 ans et des milliers de morts pour qu’on empêche le Mediator de tuer.
Je me souviens que les irlandais ont été essorés pour renflouer les banques qui les avaient essorés.
Je me souviens que le rêve Obama s’ébréchait.
Je me souviens que Mario Monicelli s’est défenestré à 95 ans, atteint d’un cancer en phase terminale. Il faisait partie de Mes chers amis.
Je me souviens que le froid et la neige de l’hiver étaient arrivés trop tôt.
Je me souviens que Pompéi avait résisté à 2000 ans d’histoire mais pas à 10 ans de Berlusconi.
Je me souviens que Coluche était devenu le restaurateur préféré des français.
Je me souviens de ceux qui criaient à « l’irresponsabilité » et à la «dictature de la transparence» (sic) à propos de Wikileaks, avant de rajouter dans la même phrase : « de toutes façons, on n’y apprend rien qu’on ne sache déjà ».
Je me souviens que le pays des éléphants avait décidément du mal à entrer dans la démocratie. Comme celui des pharaons. La perle des Antilles également. La Biélorussie aussi.
Je me souviens que 71 % des français ne faisaient pas confiance au Président de leur République.
Je me souviens que le King Eric Le Rouge avait fait tremblé les filets des gardiens du temple de la haute finance.
Je me souviens que les 11 cm de neige du 8 décembre en Ile-de-France étaient néolibéraux : des tonnes d'essence gaspillées dans les embouteillages monstres, des tôles froissées, des dépenses de santé pour réparer les poignets cassés suite aux chutes des piétons... ..c'est la croissance du PIB 2010 qui va se régaler !
Je me souviens que les négociateurs du climat à Cancun avaient décidé qu’ils décideraient plus tard.
Je me souviens que des policiers en tenue avaient manifesté contre une décision de justice, soutenus par le Ministre de l’intérieur.
Je me souviens que le mot responsabilité était souvent employé. « Wikileaks est irresponsable », criait le pouvoir diplomatique. « Cantona est irresponsable » s'offusquait le pouvoir économique. « Ce sont les pentes des rues et la météo qui sont responsables de la pagaille sur les routes », affirmaient les pouvoirs publics. « La justice est irresponsable », s'égosillaient les policiers en tenue. Ce sont toujours les autres qui sont responsables de ce qui ne nous plaît pas.
Je me souviens que les banques n’avaient jamais autant prospéré. Au tour des banques alimentaires maintenant.
Je me souviens que la fortune de l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, s’était accrue de 11,5 milliards d’euros.
Je me souviens que, face à la pagaille sur les routes enneigées, les pouvoirs publics avaient parfaitement réagi : le Ministre de l'intérieur avait décidé "de ne pas verbaliser les automobilistes qui avaient abandonné leurs véhicules sur la chaussée" et le Ministre des transports avait adressé "un message de compassion aux victimes de intempéries".
Je me souviens que les patrons du CAC 40 avaient gagné en moyenne 190 fois le SMIC.
Je me souviens que l’année 2010 avait été décrétée « Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ».
Je me souviens qu’il y a eu 46 exécutions capitales aux Etats-Unis.
Je me souviens que je ne comprenais toujours pas pourquoi les italiens maintenaient Berlusconi au pouvoir.
Je me souviens que les prêtres pédophiles étaient couverts par l’Eglise.
Je me souviens que les contribuables européens avait apporté 4 589 milliards d’euros aux banques depuis le début de la crise.
Je me souviens d’un ministre de l’intérieur condamné deux fois par la justice française.
Je me souviens que les Etats européens se mettaient à genoux devant les spéculateurs.
J’arrive maintenant à me souvenir des noms des deux journalistes de France 3, retenus prisonniers en Afghanistan, depuis plus d’un an : Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier.
Je me souviens du sourire de cette femme, à la station Javel.
Je me souviens que 2010 aurait pu être meilleure. Ou pire.

16 décembre 2010

2010, annus horribilis du développement durable

2010 a démarré après le goût amer du fiasco de Copenhague et se termine sur le non évènement de l’insipide Cancun. Dans l’intervalle, le climategate, les attaques des climato-cyniques, les catastrophes, mais surtout les multiples ratages de gouvernance et les incuries de nos dirigeants, qui ont aggravé les effets de la grande dépression économique, nous font terminer l’année, non seulement avec une « green fatigue », mais surtout, avec le constat que la fin de cette première décennie du 21ème siècle marque une crise de civilisation unique en son genre.

2010, année des grandes catastrophes. 2010 a connu le plus grand nombre de catastrophes depuis 130 ans, dont 95 % des victimes vivaient dans les pays pauvres. Haïti, avec ses plus de 220 000 morts (dont 2000 dus au cholera), ne nous fait pas oublier les inondations au Pakistan (20 millions d’êtres humains sinistrés, 10 milliards de dollars), la canicule et les incendies de forêts en Russie (11 000 morts, 700 000 pauvres de plus par inflation des prix des céréales, pertes de 300 milliards de dollars), les séismes en Chine (3000 morts, 100 000 sinistrés, 4 milliards d’euros) et au Chili (800 morts, 500 000 logements détruits), les boues toxiques en Hongrie (1000 hectares polluées), les inondations en Chine (2000 morts, 40 millions de personnes touchées), en Thaïlande (4 millions de sinistrés), au Brésil (500 morts, 10 milliards d’euros) et en France avec Xynthia (50 morts, 1,2 milliards d’euros), la grippe H1N1 (18 000 morts).

2010, l’année de tous les records. Près de 10 millions de personnes sont mortes de faim et du fait d’eaux contaminées,13 millions ont été victimes de maladies contagieuses, 11 millions d’enfants de moins de 5 ans nous ont quitté, 600 000 mères sont décédées durant un accouchement, 2 millions de personnes sont mortes du VIH / Sida, et plus de 7 millions sont décédées d’un cancer.
2010 est l’année la plus chaude jamais mesurée. La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais été aussi forte : 387 ppm de CO2, 1800 ppb de méthane, 322 ppb d’oxyde nitreux, idem pour les gaz chlorofluorés. La Chine est ainsi devenue le plus gros émetteur de GES.
11 millions d’hectares de forêts ont été détruits et 14 millions d’hectares désertifiés. 5,6 millions d’hectares de terres arables ont été perdus en raison de l’érosion des sols. 9 millions de tonnes de produits chimiques toxiques ont été déchargés par les industries dans la nature.

Nagoya, cache-misère de la biodiversité. On a fait comme si c’était un succès…et oublié qu’il n’y a pas de moyens, pas de signature des Etats-Unis, pas de mesures juridiquement contraignantes, pas de sanctions, pas de financements….Et, pendant ce temps-là, presque plus de thons rouges, toujours pas de taxe sur les sacs plastiques en France, toujours autant d’algues vertes en Bretagne, renouvellement de l’autorisation de l’insecticide Cruiser, cacophonie sur les OGM... Disons au revoir aux 130 000 espèces qui ont disparu cette année.

En France, la croisière continue de s’amuser. Un Grenelle de l’environnement incantatoire, qui accouche au mieux de souris, au pire de contradictions : abandon de la taxe carbone, cacophonie sur le photovoltaïque, frein aux éoliennes, abandon de l’appel d’offres pour les centrales solaires régionales, gains économiques annulés après 2020, démantèlement du grand ministère de l’écologie, psychodrame du convoi de déchets nucléaires de La Hague, politiciens verts qui continuent de s’entre-déchirer.…Tout ça pour ça ! 74 % des français ont raison de penser que c’est un échec. « L’environnement, ça commence à bien faire », nous a d’ailleurs rappelé Nicolas Sarkozy, ce qu’ont confirmé les queues des automobilistes aux pompes à essence pendant les grèves. Normal, donc, que, sur les 100 entreprises leaders en technologies propres, seules 2 soient françaises (contre 33 californiennes), autant qu’en Suisse. Pendant ce temps-là, la Chine est devenue N°1 en technologies vertes (35 milliards de dollars) et le pays le plus attractif pour les investissements étrangers dans les énergies renouvelables.

USA, le grand recul. La plus grande marée noire de l’histoire américaine, dans le golfe du Mexique, n’aura pas empêché la victoire des Républicains aux élections de mi-mandat de constituer le marqueur d’une grande régression environnementale et sociale : après le détricotage de la couverture maladie d’Obama et la fragilité du moratoire sur les forages en eaux profondes, il n’y aura pas de grande loi sur l’environnement ni de programme national de réduction des émissions de GES. Et vive l’envolée des ventes de 4X4, en fin d’année, suite à la baisse conjoncturelle du prix de l’essence. C’est le grand retour du « It’s the economy, stupid ! ».

2010, début de la grande régression sociale. Dans tous les pays occidentaux, 2010 sera l’année d’inflexion de la courbe de la baisse généralisée du pouvoir d’achat des classes moyennes. Les tarifs du gaz ont augmenté de 15 % en France. L’électricité est sur une tendance de + 6 % sur les 6 derniers mois, le plus fort taux d’augmentation depuis 30 ans ! Fin 2010, le prix des carburants est au plus haut depuis 2 ans. Le prix du m2 à Paris a augmenté de 20 % pour atteindre le record de 7000 euros. Les frais d’inscription à l’université au Royaume-Uni ont triplé. Les catastrophiques politiques de rigueur vont jeter des millions de travailleurs dans la pauvreté et la précarité. Le taux de chômage dans la zone euro a atteint 10,1 % : 16 millions de chômeurs officiels, sans compter ceux qu’on ne sait pas ou ne veut pas comptabiliser. 4 actifs sur 5 dans le monde n’ont pas de protection sociale. Les inégalités, les écarts de richesse et la fracture sociale n’ont jamais été aussi criants. La crise commence véritablement aujourd’hui et ces records seront battus.

Souhaitons quand même la bienvenue aux 132 millions d’être humains qui nous ont rejoint en 2010. Bon courage et bonne chance pour les années suivantes ! S’il n’arrivent pas à changer le monde, ils devront s’y adapter : s’adapter au changement climatique, s’adapter à la dégradation historique de leurs conditions de vie, subir la cupidité et l’incompétence de leurs classes dirigeantes. Vivre malgré tout et aussi lutter.

7 novembre 2010

Banque et développement durable, un magnifique oxymore

De tous les secteurs industriels, celui de la finance est le plus éloigné du concept de développement durable. Il se situe même exactement à son antipode. Car la finance n’est pas un secteur comme les autres. On dit que c’est le système sanguin de l’économie mondiale. Sa responsabilité est gigantesque comme le prouve, par l’absurde, si l’on peut dire, cette crise mondiale catastrophique que nous vivons. Elle a été déclenchée par la quasi-totalité des banques d’investissement et des gestionnaires de fonds, qui ont disséminés, en pleine conscience , des produits toxiques dans toute l’économie. Et fait sauter la planète. Mise à part son ampleur historique, le phénomène est naturellement constitutif du fonctionnement habituel du capitalisme financier dérégulé, qui se nourrit des bulles avant de les faire éclater à la figure des perdants. Les bulles se succèdent régulièrement, avec les mêmes recettes et les mêmes acteurs.

Car le métier des banques n’est pas de gérer le risque, comme elle aiment à le prétendre souvent, mais de créer des risques, afin d’alimenter les grands casinos des paris boursiers. Elles gagnent des sommes d’argent astronomiques sur les paris, grâce à la meilleure qualité des informations qu’elles détiennent, que leurs poids sur les marchés leur permettent d’obtenir, tant légalement qu’illégalement (on ne compte plus les délits d’initiés et les conflits d’intérêts).
L’image du système sanguin de l’économie n’est pas bonne : le sang apporte les globules rouges indispensables à la consommation d’énergie et à la vie. Alors que les banquiers de marchés se comportent comme des parasites qui sucent le sang de l’économie et l’anémient.
Quel est le secteur économique qui a la plus grande part de la capitalisation de toutes les bourses du monde ? Réponse : les banques ! Quel est le secteur à qui les banques prêtent le plus ? Les banques ! Quel est le secteur où les dirigeants et les cadres supérieurs sont les mieux payés au monde ? Les banques . Quel est l’industrie qui distribue le plus de stock-options ? Les banques, toujours les banques. Les banques forment un monde fermé, qui tourne sur lui-même et vit pour lui-même. Leur matière première, totalement virtuelle, dématérialisée, les a coupées du monde réel : il ne s’agit même plus d’argent, mais de digits dépourvus de réalité, dans les disques durs de leurs ordinateurs.
Les grandes banques d’affaires sont devenues les maîtresses absolues du monde.
Le trading pour compte propre, la confection de produits complexes basés sur des modèles mathématiques opaques (auxquels d’ailleurs la plupart des banquiers eux-mêmes ne comprennent rien), le jeu des effets de leviers, les ventes à découvert, les manipulations comptables, les hedges funds, les multiples pyramides de Ponzi, les opérations de gré à gré (sans la sécurité des chambres de compensation), les paris sur les fluctuations de prix et notamment les spéculations des traders sur les marchés du pétrole ou des matières premières agricoles , ….sont des armes lourdes contre l’économie, à nocivité létale.

De plus, les cloisons entre les opérations financières de haut vol et la fraude sont loin d’être étanches . Les principaux couloirs de jonction portent le doux nom de paradis fiscaux . Ces animaux sauvages (70 territoires dans le monde) ont trois fonctions. Un : cacher puis recycler l’argent du crime organisé. Deux : aider les banques à échapper aux contraintes règlementaires, aux règles prudentielles et au fisc. Trois : leur permettre d’organiser l’évasion fiscale de leurs clients, les particuliers très fortunés d’une part, les grandes entreprises d’autre part. Total : 12 000 milliards de dollars échappent à la vraie économie et à la redistribution.
Habiles, les banques n’assurent leur défense que sur la première des trois fonctions, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme : elles jurent leurs grands dieux qu’elles ne travaillent pas avec les pays de la liste noire du terrible GAFI . En omettant de préciser qu’il y a belle lurette que celle liste est vide : elle ne comporte plus aucun nom ! Tout va bien.

Hors cette responsabilité majeure, intrinsèque au fonctionnement et aux dérives des marchés financiers, le rôle de la banque devrait se concentrer sur le financement efficace de l’économie réelle.
Contrairement à ce que voudraient nous faire croire leurs beaux rapports de développement durable, leurs enjeux prioritaires de RSE ne résident pas dans la réduction des émissions de CO2 de leurs personnels et bureaux.
Ni dans la façon dont elles traitent leur personnel : les employés de banque sont généralement bien payés, leurs avantages sociaux et conditions de travail sont enviés par beaucoup d’autres professions.

Financer efficacement l’économie signifie permettre au plus grand nombre de personnes, physiques et morales, via l’argent qu’elle leur prête et la gestion de leur épargne, de réaliser leurs projets de vie. Au-delà du caractère universel de son objet social (tout le monde - ou presque - a un compte en banque), le service qu’elle peut rendre ainsi à la société est inestimable et dans l’échelle de classement de la valeur des activités humaines selon leur utilité sociale, elle se situe sans conteste dans le haut de la liste (en tout cas au-dessus des fabricants d’armes ou de tabac, par exemple).

En agglomérant des millions de demandes unitaires, la banque de dépôt et de crédit permet aux lois statistiques des grands nombres de jouer en faveur de la mutualisation des risques, du lissage des volatilités des couples offre-demande, de l’optimisation des allocations de capitaux et de la diminution des coûts de transactions. Elle crée ainsi une sorte de chaîne de solidarité économique entre acteurs (les dépôts des uns permettent en partie les crédits des autres), à l’instar d’un assureur, où les primes des uns payent les sinistres des autres.
Dans ce cadre, la responsabilité de la banque dite « de détail » s’articule principalement autour des trois thèmes suivants (le quatrième, le sujet de l’investissement socialement responsable a été abordé lors de billets précédents).

La responsabilité de la banque vis-à-vis de son client

Que le client soit emprunteur ou épargnant, la responsabilité de la banque de guichet s’exprime essentiellement en termes de transparence des conditions et tarifs, dans l’accessibilité et l’égalité d’accès aux produits et services, dans l’équité de traitement, dans la pertinence des conseils adaptés aux situations personnelles. On voit bien où est le rapport de forces entre un client, souvent peu éduqué financièrement, et la puissance de feu marketing d’une grande banque.

La question qu’est en droit de se poser chaque client est : « Ma banque agit-elle dans mon intérêt ? » Or, chacun d’entre nous peut constater qu’en matière de qualité du service, de satisfaction du client et d’éthique (voir chapitre 10), les banques et leurs agents ont encore de gros progrès à accomplir, c’est le moins qu’on puisse dire.

Par exemple, en matière de crédit à la consommation. Il y aurait beaucoup à dénoncer sur les pratiques des établissements de crédit spécialisés, souvent filiales de grands groupes de distribution ; on connait les dégâts du crédit revolving à 21 % de taux d’intérêt et au fonctionnement en spirale infernale, qui mène tout droit aux commissions de surendettement.

Tous les deux ans en France depuis vingt ans, le législateur vient au secours du consommateur bancaire : transparence et niveau des prix des services bancaires, règles sur les ventes groupées (ah, les fameux packages), incidents de paiement, facture bancaire,… Et les banques perdent régulièrement toutes leurs batailles d’arrière-garde, malgré le lobbying acharné de leur association professionnelle. Comme toujours, c’est la règlementation qui force le chemin de la responsabilité.
Et le combat continue : en 2010, les banques françaises se sont vues infliger par l’autorité de la concurrence une amende de 385 millions d’euros pour entente sur le traitement électronique de la compensation des chèques.

Le mythe des financements responsables

Un financement responsable serait un financement dont le banquier se préoccuperait des éventuels impacts négatifs de l’objet du financement (projet, activités, opérations…) sur l’environnement et la société. En fonction de leur gravité, analysée soi-disant objectivement (comment ? c’est bien là tout le problème), il pourrait conditionner son accord à la réalisation de mesures préventives ou correctrices, et même aller jusqu’à refuser le prêt en cas de manquements jugés inacceptables (par qui ? c’est là aussi la question).

Eliminons le cas des financements aux particuliers. Ils se font la plupart du temps (hors crédits immobiliers) sous la forme de crédits dits non affectés, amortissables ou revolving, ce qui signifie que le banquier ne sait pas (n’a pas à savoir et ne veut pas savoir !) l’objet du financement : un voyage à l’autre bout de la planète, un véhicule à moteur 4 x 4 - tous deux forts émetteurs de CO2 - un diamant pour votre maîtresse… C’est votre affaire, votre vie privée, pas celle du banquier, dont le métier n’est pas de vous faire la morale. Et sur quelles bases le ferait-il ? Ne demandez pas au banquier de se transformer en médecin, qui essaye de vous interdire de fumer.

L’idée d’un étiquetage CO2 des crédits à la consommation, ou des crédits de trésorerie aux entreprises, est une vaste blague. C’est vivre qui pollue (ou pas), ce n’est pas le crédit qui incite à polluer.

Reste le cas principal des financements des gros projets d’infrastructures (barrages, mines, autoroutes, centrales thermiques…) conduits par de grandes entreprises du secteur énergétique, minier ou du bâtiment, souvent dans des pays en développement. Ces projets - qui se chiffrent en dizaines voire centaines de millions de dollars - font intervenir de multiples acteurs, locaux et internationaux, experts, sous-traitants et pools de dizaines de banques et d’agences de crédit-export (les projets sont souvent réalisées par des entreprises occidentales) autour de la Banque Mondiale ou de sa filiale, la Société Financière Internationale, et des Etats concernés. Les études préalables durent plusieurs années et les impacts sur les écosystèmes riverains et les indigènes donnent lieu à des milliers de pages, rédigées par des experts appointés. Les ONG, surtout les environnementalistes , font systématiquement pression pour arrêter le projet ou du moins le dénaturer. Avec plus ou moins de succès, tout étant toujours question de rapports de forces. Evidemment, personne n’a tort, personne n’a raison, tant les choses sont complexes et imbriquées. Sur ce sujet, comme sur tous ceux du développement durable, rien n’est noir ou blanc, rien n’est bien ou mal, rien n’est binaire. Ce type de projets apporte généralement des bienfaits aux habitants (accès à l’énergie, à l’eau, aux transports…), mais génère évidemment des dommages collatéraux, que les réparations et compensations ne peuvent totalement effacer. Dans le monde du progrès technique, on ne fait jamais d’omelettes sans casser quelques œufs. Les bilans sont évalués différemment selon la perspective de chaque partie et donnent lieu à des débats sans fin.
Pour améliorer leurs chances d’aboutir, les ONG font désormais pression sur les banques, notamment au moyen de campagnes de dénigrement. Sans grand-succès, car on ne peut exiger des banques qu’elles se substituent aux maîtres d’ouvrages et sponsors du projet, commandités par un Etat souverain, qui en sont les décideurs et possèdent les compétences techniques pour mener les études d’impact, dont ne veulent pas se doter les banques.
Si les affrontements avec les ONG sont souvent vifs, leurs échos ne dépassent généralement pas les limites du microcosme du développement durable. Car les controverses relatives à des projets situés à l’autre bout de la planète sont plus ou moins bien relayées par les médias, et la responsabilité d’une banque étrangère (surtout si elle est chinoise !) est diluée et trop peu engagée pour lui faire porter un risque de réputation capable de nuire au sommeil de son PDG (cf. chapitre 8). Les banques font néanmoins un peu semblant de jouer le jeu en signant des Chartes éthiques , qui n’engagent que ceux qui y croient, comme tous les Codes de conduite, manifestes et autres leurres, qui encombrent le paysage du développement durable.
Les banquiers financent l’économie telle qu’elle existe. Si elle est verte ou si elle est sociale, tant mieux, si elle est noire, ou brune, ce n’est pas leur problème. L’argent n’a pas de couleur.

L’égalité d’accès aux services bancaires et l’aide aux personnes en difficulté économique

Tous les clients ne sont pas égaux. Dans n’importe quel portefeuille de clients bancaires statistiquement significatif, plus de 80 % des clients font perdre de l’argent à la banque. Il s’agit de clients modestes, souvent pudiquement baptisés « grand public », dont le solde de compte-à-vue varie chaque mois entre environ 2000 euros et zéro. Dotés d’une faible épargne de précaution, ils n’utilisent pas les services bancaires de façon optimale pour la banque et génèrent des frais de gestion (suivi des comptes et des découverts). La banque ne gagne sa vie que sur les clients du haut du panier, dits « bonne gamme » et fortunés. Devinez qui elle va préférer chouchouter.
Le vieux proverbe « On ne prête qu’aux riches » est éternellement vérifié : il signifie que les pauvres vont payer le crédit beaucoup plus cher, que leur épargne leur rapportera moins (les taux de rémunération croissent avec les montants déposés) et qu’ils ne bénéficieront pas de conseils avisés, synonymes de perte de temps pour le banquier.

C’est ainsi que les banquiers laissent généreusement la microfinance, outil chronophage et peu rémunérateur, dédié aux chômeurs et aux personnes en graves difficultés financières, aux institutions spécialisées ou aux organismes à but non lucratifs : les banques françaises (essentiellement des mutualistes) ont accompli l’exploit d’accorder 3 926 microcrédits personnels au premier semestre 2010 (il y en a tellement peu qu’on peut les compter un à un) !
« Selon que vous soyez puissants ou misérables… ».

La banque aime à limiter son rôle à celui d’un simple intermédiaire financier, totalement « neutre », qui permet, grâce à son accès privilégié aux marchés financiers de gros, que l’argent des investisseurs se dirige tout seul vers les entreprises ou les emprunts d’Etats, au service de la croissance privée ou publique. Sauf exceptions, souvent conjoncturelles et temporaires, la banque ne prête pas ses propres fonds. Elle ne se sent pas concernée par l’usage et l’utilité sociale de l’argent, aux deux bouts de la chaîne, l’investisseur d’un côté et l’emprunteur de l’autre.

Pourtant, les banques ont une responsabilité phénoménale sur la marche du monde et le bien commun. Le défi de l’argent responsable est certainement l’un des plus stratégiques pour le futur de la planète. Si vous voulez changer le monde, commencez par changer la finance. Osera-t-on poser la question : comment faire de la banque un service public ?

L’instruction de l’affaire dite « Kerviel » (au fait, pourquoi ne dit-on pas « affaire Société Générale » ? Parce que cette banque en a connu de multiples ?) ne posait, au fond, qu’une seule vraie question : quelle est la part d’incompétence par rapport à la part de connivence du management de la Société Générale ? Le verdict de la justice française du 5 octobre 2010 a répondu : la banque n’est responsable de rien. CQFD.

2 novembre 2010

Pour que Cancun ne soit pas un autre "flopenhague"

Un an après le fiasco de Copenhague, les négociateurs de tous les pays du monde en matière de climat vont se retrouver à Cancun fin novembre. Le débat dépasse de loin la cause des militants environnementalistes : il s’agit d’enjeux géostratégiques qui font s’affronter des blocs-continents.
Le film qui se joue pourrait s’appeler « Le bon, la brute et le truand ». L’Europe joue le rôle du bon : bon élève de la classe (marché européens des quotas de CO2, énergies renouvelables nordiques, nucléaire français, …), mais insuffisamment unie, naïve et maladroite, elle pèse peu devant les autres adversaires.
La Chine endosse le costume de la brute : son développement économique à marche forcée ne doit souffrir d’aucune contrainte (qu’elle soit de nature environnementale ou sociale d’ailleurs). Elle est en guerre commerciale totale contre les Etats-Unis sur les technologies vertes et est engagée dans un affrontement majeur sur l’accès aux terres rares, matériaux indispensables au développement de ces mêmes équipements verts.
Les Etats-Unis tiennent le rôle du truand : plus gros pollueur de la planète, l’américain moyen ne négocie pas son mode de vie, ni ne veut transférer ses technologies, et reste sous influence des lobbies des industries fossiles et de leurs amis politiciens républicains.
Mais il y a un grand absent au casting principal : l’Afrique, continent sacrifié, pays le plus vulnérable au réchauffement climatique et le moins responsable historiquement.
C’est l’Afrique qui souffrira la première, dans sa chair, des non-décisions de Cancun.

Comme tout conflit armé, cette guerre économique fait des blessés et des morts. En matière de climat, la politique du chacun pour soi ne peut être gagnante pour personne : la théorie des jeux (« Je n’avance que si tu avances, et réciproquement »), appliquée à la problématique du bien commun, nous apprend en effet qu’il n’y a que deux scenarios : « Tous ou personne ». On s’en sort tous ensemble ou bien tout le monde coule sur le Titanic, les riches comme les pauvres.

Que peut-on espérer de Cancun, alors que les réunions du G20 n’accouchent régulièrement que de paroles incantatoires et se contentent de laisser pourrir les situations, que les 0,7 % d’aide publique au développement ne sont toujours pas au rendez-vous, que le cycle de Doha est en panne et que l’OMC joue à contre-courant de la lutte contre la pauvreté, que les promesses de Copenhague en matière de fonds climatiques ne sont même pas respectées, et que les objectifs du millénaire ou ceux de la préservation de la biodiversité ne sont pas tenus ?

Comme les grands problèmes d’aujourd’hui (la pauvreté, la faim dans le monde, les maladies) ont plus de poids que ceux de demain, il nous faut prioriser les solutions qui jouent sur les deux échelles de temps. Le changement climatique ne peut plus être traité, par des bureaucrates, comme une question autonome, mais il doit être relié aux problématiques du développement, de la lutte contre la pauvreté et de l’aide pour le développement des pays pauvres (notamment via leur agriculture).
Les Etats ont su trouver des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques privées. Qu’on ne nous dise pas qu’ils ne peuvent rassembler la première centaine de milliards, promise par Copenhague, nécessaire aux fonds de développement et d’aide à l’adaptation des pays pauvres, qui seront les premiers frappés par l’aggravation des dérèglements climatiques

Les peuples ne veulent pas de la guerre économique, la vie serait douce si l’on ne nous forçait pas à lutter les uns contre les autres. Forçons nos dirigeants à gouverner enfin dans le sens du bien commun, de l’équité et de la solidarité avec les défavorisés.